Ah! c'est qu'il connaissaient, eux aussi, pour l'avoir ressenti autrefois, l'acuité de ce mal épouvantable... Ils s'étaient exilés de leur pays pour fuir la persécution, mais l'Irlande, la verte Erin, était toujours la patrie de leur coeur! Et bien des fois, par la pensée, ils s'étaient transportés au village natal pour revivre les jours heureux de leur jeunesse!

Mais Dieu, sur le sol américain, avait adouci l'amertume de leur exil en leur envoyant des enfants—ces doux anges du foyer—dont la vue seule suffit à faire oublier la patrie absente! Et ils s'étaient attachés à leur patrie d'adoption, puisqu'elle était le berceau et par conséquent la patrie réelle de leurs chers enfants...

Mais Jean-Charles, lui, était seul, seul avec ses douleurs, sur la terre étrangère! Et jamais cette terre, si hospitalière, ne pouvait remplacer le sol natal...

La séparation fut cruelle.

—Aurons-nous le bonheur de vous revoir ou au moins de recevoir de vos nouvelles? demanda, le vieux fermier.

—J'espère que nous nous reverrons; mais, dans tous les cas, je me ferai un devoir et un plaisir de vous écrire. Seulement, je vous prie de garder le secret sur tout ce qui me concerne.

—Vous pouvez compter sur notre discrétion qui sera éternelle comme l'affection que nous avons pour vous!

*
* *

Quels grands coeurs! pensait Jean-Charles, en revenant, en voiture cette fois, par la longue route qu'il avait franchie à pied quinze années auparavant.

Il ne craignait plus d'être reconnu, car le malheur l'avait changé et vieilli au point de le rendre tout à fait méconnaissable!