Il n'avait que cinquante-six ans, mais paraissait en avoir soixante-dix...
Le voyage fut heureux et rapide.
Le 27 mai au soir, l'exilé arrivait à Lévis.
Il avait fait le trajet en vingt-deux heures.
Son plan était de se rendre immédiatement à Saint-Sauveur en côtoyant le fleuve et la rivière Saint-Charles, afin de ne pas être remarqué.
Il connaissait bien la ville et ses alentours pour les avoir, autrefois, parcourus en tous sens dans ses expéditions de chasse et de pèche, et il se rappelait avoir campé, une nuit, dans une petite cabane qui avait l'apparence d'une forge abandonnée.
C'est cette cabane qu'il avait l'intention d'adopter pour demeure, si elle existait encore; et si elle avait disparu, il se proposait d'en bâtir une autre au même endroit.
En passant près des bureaux de la douane, il vit un individu, suintant la misère, qui traînait vers le fleuve un gros chien noir attaché par le cou. Le chien, comme s'il eût deviné les desseins de son bourreau, faisait des résistances inouïes pour échapper à son sort.
—Où allez-vous avec ce chien? demanda Jean-Charles.
—Vous le voyez! Je m'en vas le jeter à l'eau.