Le vieux muet crut de son devoir de faire cesser ces scènes honteuses qui le scandalisaient et empêchaient les honnêtes gens d'aller se reposer en cet endroit charmant.

Il inaugura une vraie campagne contre la licence de ces moeurs grossières, et la mena avec une vigueur et une sévérité impitoyables.

Les coupables, une fois pincés par lui, n'avaient nullement l'envie de renouveler l'expérience. Quand la persuasion des conseils ne suffisait pas, le colosse trouvait dans sa force musculaire des arguments irrésistibles!

Un dimanche, le pire de la bande, qui était connu sous le singulier surnom de Caillou Simard, voulut se mesurer avec le vieux muet. Mais le géant prit Caillou par un bras et le jeta dans la rivière... Le sale individu, qui ne savait pas nager, cala au fond de l'eau comme un caillou... Mais le vieux muet, heureusement, plongea et retira le misérable à moitié asphyxié!

Ce fut fini..

Les baigneurs indécents et les soûlards disparurent, et les gens respectables purent, après les offices du dimanche, fréquenter ces parages, et y chercher le bon air et un repos vraiment honnête.

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Jean-Charles venait d'atteindre sa soixante-huitième année.

Depuis qu'il était revenu au Canada, il avait recouvré la santé et conservé sa merveilleuse force. La vie régulière, frugale et hygiénique qu'il, faisait était le secret de sa vieillesse robuste et exempte d'infirmités.

Sans être heureux, il supportait avec une grande et aimable résignation la singulière situation que le malheur lui avait créée dans le monde; et quand les douloureux souvenirs du passé lui revenaient à l'esprit, il les chassait comme des mauvaises pensées.