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Le lecteur se rappelle que Jean-Charles, en 1838, après avoir pris la résolution d'abandonner le monde, avait donné aux pauvres une partie de ses biens et laissé à son frère une rente viagère de trois cents dollars par année. Or, son frère étant mort, cette rente annuelle contribua à augmenter le capital que le notaire avait prêté à la fabrique de Saint-X... Et, maintenant, Jean-Charles possédait une fortune de vingt-cinq mille dollars.

Il pouvait vivre en bourgeois, aspirer à tous les honneurs, avoir villa, voitures et serviteurs; en un mot, couler une vieillesse douce et heureuse au milieu de ses concitoyens dont il était l'idole.

Mais de telles pensées n'effleurèrent seulement pas son esprit. Ses vues et ses aspirations portaient plus haut: il voulait être prêtre, monter à l'autel, sauver des âmes!

Il y avait en cette nature d'élite une sève forte et abondante, que le malheur avait longtemps comprimée, et qui, aujourd'hui, voulait déborder. Pour lui donner son cours, il ne fallait rien moins que les sublimes labeurs de l'apostolat.

Ce coeur, sanctifié par la souffrance, ne pouvait plus prendre contact avec les choses du monde: il ne s'ouvrait plus que du côté du ciel!

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Jean-C'harles obtint facilement son entrée au grand séminaire de Saiut-Sulpice, à Montréal.

Il fit à l'hospice des soeurs de la charité de Sainte-R... un don de dix mille dollars; en laissa quatorze mille à l'abbé Faguy pour les pauvres de sa paroisse et ne garda pour lui-même que la minime somme de mille dollars.

Le cinq septembre, ayant fait ses adieux a son bon curé et à ses nombreux amis, il partit pour Montréal, le coeur plein d'une sainte allégresse.