—A cette question, j'hésite à répondre affirmativement.

—Comment donc?

—Oui, M. le curé, je suis aussi flatté que touché de toutes ces démonstrations sympathiques, et je m'efforce d'y paraître heureux; mais mon coeur soupire sans cesse après un bonheur qui, je le vois maintenant, se trouve ailleurs que dans les fêtes bruyantes du monde. Le bonheur! je croyais pourtant l'avoir retrouvé, l'autre jour, en revoyant mon village natal...

—Que voulez-vous dire, mon cher ami?

—Je veux dire que, depuis mon retour, j'ai senti renaître le désir de me consacrer entièrement à Dieu; mais, ce qui me chagrine, c'est de penser que je suis trop vieux à présent pour être admis dans la sainte milice du sacerdoce...

—Trop vieux, dites-vous? je ne suis pas de votre opinion: et si vous voulez bien me le permettre, je vais soumettre votre cas exceptionnel à notre évêque, Mgr Bourget. Il me sera bien pénible, sur mes vieux jours, de me séparer de vous, mais ce que je désire avant tout, c'est votre bonheur et non le mien!

—Merci, M. le curé, mais notre séparation ne sera pas de longue durée, car aussitôt que j'aurai reçu les ordres sacrés, je demanderai la faveur et j'espère que je l'obtiendrai—de venir exercer le ministère à vos côtés. L'avenir nous réserve encore des jours heureux.

—Hélas! à mon âge, on ne doit plus compter sur l'avenir, car l'avenir, pour le vieillard, c'est la mort!

—Peut-être, M. le curé; mais après la mort, c'est le ciel, c'est-à-dire un avenir d'une éternelle félicité..

—Vous avez raison, mon cher ami, et j'espère en cet avenir glorieux et consolant..