Franchement, je ne te comprends pas! Laisse-moi donc voir un peu ce que tu as barbouillé sur ces feuillets...

Après avoir lu, il dit:

Vraiment, tu m'épates! Je ne te croyais pas aussi savant que cela! Quoi! tu ne te contentes pas de faire une traduction libre de l'Énéïde et des Géorgiques de Virgile, mais tu ambitionnes de rendre fidèlement la pensée du prince des poètes latins! Pourquoi ne mets-tu pas ton chef-d'oeuvre en vers... Plaisanterie à part, ce n'est pas mal, assurément, ajoute-t-il, en remettant les feuillets sur la table. J'avoue même que je ne suis pas capable d'en faire autant. Mais à quoi va te servir toute cette science? Tu devrais comprendre que ça n'a pas plus de bon sens pour un habitant d'apprendre le latin, que pour un éléphant d'apprendre la valse!

Le latin pour un habitant: ha! ha! hi! hi!

Puis il reprend: Ce n'est pas nécessaire de connaître la langue de Virgile pour tenir le manchon de la charrue ou traire les vaches... Il ne te manquait que cela pour ressembler à Cincinnatus!... Ecoute! je te conseille de travailler plutôt à réformer ton écriture afin de pouvoir copier convenablement mes actes quand je pratiquerai le notariat à Sainte-R...

—Hein! es-tu enfin sérieux? lui demande Jean-Charles avec un réel intérêt.

—Certainement! je suis sérieux comme il convient à un futur notaire de l'être! C'est la profession que j'ai choisie, au grand plaisir de notre père. Dans quelques jours, je partirai pour Montréal, et j'entrerai, je crois, à l'étude de maître Archambault.

—Si tu dis vrai, je t'approuve moi aussi, mon cher Victor, et, tu peux compter sur mes humbles ressources pour t'aider à payer les frais de ta cléricature.

—Merci, Jean-Charles, et bonne nuit!

Le futur notaire alla se mettre au lit en disant: en voilà encore un naïf que je vais plumer à mon aise... Puis, sans réciter aucune prière, il s'endormit.