[117]: La plupart y furent introduits par René de Villequier, qui faisoit, auprès du roi, le personnage d'artisan de plaisir.

[118]: Les deux premiers furent tués en duel. Ce fut à l'entrée de la rue des Tournelles, où aboutissoit alors un des côtés du parc, vis-à-vis de la Bastille, qu'ils se battirent à cinq heures du matin, le 27 avril 1578, avec Livarot, autre mignon du roi, contre d'Entragues, attaché aux Guises, Riberac et Schomberg. Maugiron et Schomberg, qui n'avoient que dix-huit ans, furent tués roides; Riberac mourut le lendemain; Livarot, d'un coup sur la tête, resta six semaines au lit; d'Entragues ne fut que légèrement blessé; Caylus, blessé de dix-neuf coups, languit trente-trois jours, et mourut entre les bras du roi qui, pendant tout ce temps, ne quitta pas le chevet de son lit. «Il avoit promis aux chirurgiens qui le pansoient cent mille francs, en cas qu'il revint en convalescence, et à ce beau mignon cent mille écus, pour lui faire avoir bon courage de guérir. Nonobstant lesquelles promesses il passa de ce monde en l'autre.» Henri n'aimoit pas moins Maugiron «car il les baisa tous deux morts, fit tondre leurs têtes, et emporter et serrer leurs blonds cheveux, ôta à Caylus les pendants de ses oreilles, que lui-même auparavant lui avoit donnés et attachés de sa propre main.» Il soulagea sa douleur en leur faisant faire, dans l'église de Saint-Paul, des obsèques d'une magnificence royale, et en faisant élever des statues sur leurs tombeaux.

Saint-Mégrin, qui avoit une intrigue galante avec la duchesse de Guise, fut assailli, en sortant du Louvre, par vingt ou trente hommes apostés par le duc de Mayenne et le cardinal de Guise. Ils le percèrent de trente-trois coups de poignard, dont il mourut le lendemain. Le roi le fit enterrer à Saint-Paul avec la même pompe et les mêmes cérémonies que Caylus et Maugiron.

[119]: Il dépensa douze cent mille écus aux noces de Joyeuse, qu'il maria à une sœur de la reine, sans compter quatre cent mille autres qu'il promit de lui payer. Il acheta à La Valette la terre d'Épernon, et lui donna d'avance, en argent, la dot de la femme qu'il lui destinoit.

[120]: On afficha au Louvre la pasquinade suivante: «Henri, par la grâce de sa mère, inutile roi de France et de Pologne, imaginaire concierge du Louvre, marguillier de Saint-Germain l'Auxerrois, bateleur des églises de Paris, gendre de Colas, goudronneur des collets de sa femme et friseur de ses cheveux, mercier du palais, visiteur d'estuves, gardien des quatre-mendiants, père-conscript des blancs-battus, et protecteur des capucins.»

[121]: Il avoit épousé en 1575 Louise de Lorraine; fille de Nicolas, comte de Vaudemont, frère puîné du duc de Lorraine.

[122]: Le prédicateur de la cathédrale nommé, Poncet, appela publiquement une nouvelle confrérie de pénitents, érigée par le roi, la confrérie des hypocrites et athéistes. «Et qu'il ne soit vrai, dit-il en propres mots, j'ai été averti de bon lieu, qu'hier au soir, qui étoit le vendredi de leur procession, la broche tournoit pour le souper de ces gros pénitents, et qu'après avoir mangé le gras chapon, ils eurent pour collation de nuit le petit tendron, qu'on leur tenoit tout prêt. Ah! malheureux hypocrites! vous vous moquez donc de Dieu, sous le masque, et portez, par contenance, un fouet à votre ceinture? Ce n'est pas là, de par D..... où il faudroit le porter: c'est sur votre dos et sur vos épaules, et vous en étriller très-bien; il n'y a pas un de vous qui ne l'ait bien gagné.» Le roi se contenta de reléguer ce prédicateur insolent dans une abbaye qu'il possédoit. Un des mignons (les uns disent d'Épernon, d'autres Joyeuse), voulant se moquer de la disgrâce de Poncet, fut payé de sa raillerie par une réponse qui fut trouvée fort à propos. «Monsieur notre maître, lui dit le mauvais plaisant, on dit que vous faites rire les gens à votre sermon; cela n'est guère bien. Un prédicateur comme vous doit prêcher pour édifier, et non pas pour faire rire.—Monsieur, répondit Poncet sans s'étonner, je veux bien que vous sachiez que je ne prêche que la parole de Dieu, et qu'il ne vient point de gens à mon sermon pour rire, s'ils ne sont méchants et athéistes: et aussi n'en ai-je jamais tant fait rire en ma vie comme vous en avez fait pleurer.» (Journal de Henri III.)

[123]: C'étoient les ducs de Mayenne, de Nevers, le cardinal de Guise, le baron de Seneçay, Rosni, Menneville, Mandreville et quelques autres. Le duc de Lorraine s'y rendit aussi. Le duc Casimir, qu'ils vouloient détacher du parti du roi de Navarre, y fut invité, et y envoya un agent affidé.

[124]: La consternation profonde où le plongea cette nouvelle, produisit cet effet singulier que, rêvant, la tête appuyée sur sa main, aux malheurs qui pouvoient résulter pour lui et pour la France d'un tel traité et de ces discordes intestines, la partie de sa moustache qui étoit cachée sous cette main, lui blanchit tout à coup. Son historiographe, Matthieu, rapporte ce fait comme l'ayant entendu lui-même raconter à Henri IV. Liv. 8.

[125]: L'écrit dans lequel il portoit contre lui cette accusation, avoit été composé par Du Plessis Mornay, et étoit intitulé: Avertissement sur l'intention et but de messieurs de Guise dans la prise des armes. Il fit grand bruit, et le duc de Guise l'ayant reçu y fit des notes, lesquelles furent remises à Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon, qui se chargea d'y répondre. Cette réponse est remarquable en ce que, repoussant l'accusation qu'on élevoit contre le duc de Guise, de prétendre à la couronne de France, non-seulement son auteur prouve qu'elle est fausse et calomnieuse, mais il démontre en même-temps la nullité des titres sur lesquels certains mémoires publiés sur ce même sujet, appuyoient les droits de la maison de Guise. Une telle défense faite de l'aveu du duc, et même avec sa coopération, peut faire douter que ses desseins ambitieux fussent tels qu'on les a supposés; et auroit dû rendre plus circonspects des gens que l'esprit de parti a portés à décider d'un ton si tranchant une question au moins indécise, et dans laquelle ceux qui sont d'un avis contraire ont pour nier des raisons meilleures qu'ils n'en ont pour affirmer.