Rue Gratieuse. Elle aboutit d'un côté à la rue Coupeaux, de l'autre à celle de l'Épée de Bois. Sauval prétend, par d'assez mauvaises raisons, que son premier nom étoit Courtoise; Jaillot n'en trouve aucune preuve. Dans le censier de 1646 elle est appelée rue Gratieuse, alias du Noir. «Le premier nom, dit ce critique, pouvoit venir des descendants de Jean Gratieuse, dont la maison étoit située en cet endroit en 1243[450], et le second, de la maison de Jacques Pays, avocat, où pendoit pour enseigne la Tête Noire. On a confondu quelquefois cette rue avec celles du Battoir et de la Clef[451].»
Rue du Gril. Elle traverse de la rue d'Orléans à la rue Censier. Plusieurs nomenclateurs la confondent avec la rue du Battoir, dont elle fait la continuation. Sur le plan de Boisseau, gravé en 1642, elle porte le nom du Gril-Fleuri, qui paroît avoir été celui d'une enseigne.
Rue Saint-Hippolyte. Elle conduit de la rue de Lourcine au carrefour et à l'église Saint-Hippolyte, qui lui a donné son nom. On voit par le plan de Dheulland qu'on l'appeloit rue des Teinturiers dans sa plus grande partie, à cause des teintures des Gobelins, qui se faisoient sur la Bièvre, près de cette rue; mais dans sa partie supérieure elle conservoit l'ancien nom de Saint-Hippolyte.
Rue du Jardin du Roi. Elle commence au carrefour de la Pitié, et finit à celui de Clamart. Comme c'étoit le chemin de la butte, du moulin et du territoire de Coupeaux, elle en portoit d'abord le nom. Les papiers terriers de Sainte-Geneviève la nommoient, en 1603, rue des Coipeaux. Elle reçut sa dernière dénomination en 1636, époque à laquelle le jardin du Roi fut formé[452].
Rue de Lourcine. On devroit écrire et prononcer Lorcines. Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à la barrière de Gentilly. L'orthographe de ce nom a beaucoup varié: Sauval[453] écrit Loursine, l'Oursine et Lorsine; Corrozet l'Orsine; Gomboust et Jouvin de l'Ursine; Dheulland la nomme rue des Cordelières. L'abbé Lebeuf[454] a trouvé dans les titres de Sainte-Geneviève cette rue désignée in Lorcinis, de Laorcinis en 1248 et 1250, et apud Lorcinos en 1260, d'où il conjecture «que ce nom a été fabriqué sur le françois Lorcines; car j'ai vu, dit-il, un titre de 1245, peut-être le plus ancien qu'on ait sur ce lieu, où il est nommé Locus cinerum.» Il se livre là-dessus à des idées assez singulières, dont Jaillot prouve le peu de solidité en citant un cartulaire de Sainte-Geneviève de 1243, dans lequel le Locus cinerum et la terre de Laorcinis sont énoncés comme deux endroits différents. Le nom de Laorcinis lui semble même être le plus ancien, parce qu'on le trouve dans l'acte de vente que Thibauld le riche et Pétronille sa femme firent, en 1182, aux frères de l'hôpital de Jérusalem, d'une grange située propè ulmum de Laorcinis. C'est là que fut depuis l'hôtel du fief de Lorcines appartenant à Saint-Jean-de-Latran. Ce nom primitif de Laorcinis s'est conservé dans ceux de Lorcinis et Lorcines ou Lourcine: celui de Locus cinerum a subsisté long-temps dans le nom de rue de la Cendrée, appelée aujourd'hui Poliveau ou des Saussaies.
Rue Maquignonne. Cette rue commencée la rue des Saussaies et finit au marché aux chevaux. Elle doit son nom aux maquignons qui se rendent à ce marché, et fut percée vers le milieu du dix-septième siècle.
Rue des Marmouzets. Cette rue aboutit d'un côté à la rue Saint-Hippolyte, de l'autre à celle des Gobelins. Elle portoit ce nom dès 1540, et le devoit à une enseigne. Vers la même temps on l'appela rue des Marionnettes, et La Caille lui donne encore ce nom.
La place Maubert. Elle est située au bas de la montagne Sainte-Geneviève. Le Maire et Piganiol cherchent l'étymologie de son nom dans une opinion populaire, qui dit que maître Albert Groot (en allemand Grand), célèbre dominicain, ne trouvant point de salle assez vaste pour contenir le nombre infini de ses auditeurs, prit le parti de donner ses leçons dans la place publique; qu'en conséquence on l'appela place de Maître-Albert, et par contraction de Malbert et Maubert. L'abbé Lebeuf[455] prétend que ce nom vient d'un évêque de Paris nommé Madelbert, à qui, suivant les apparences, la place appartenoit; et que les anciens manuscrits la nomment platea Madelberti. Jaillot au contraire trouve le nom de platea Mauberti dans des titres qui remontent jusqu'en 1225, 1243 et 1248[456], et ne voit pas qu'on puisse prouver que le terrein en question ait appartenu à cet évêque, en tout ou en partie, ce qui seroit cependant nécessaire. Il croit plus naturel d'en attribuer l'origine à Aubert, second abbé de Sainte-Geneviève. Cette place étoit dans la censive et justice de cette abbaye; ce ne fut que dans le douzième siècle qu'on bâtit des maisons entre la montagne et la rivière; ce fut cet abbé Aubert qui permit de construire des étaux de boucherie en cet endroit; d'ailleurs l'évêque Madelbert étoit mort vers le milieu du huitième siècle, et par conséquent plus de quatre cents ans avant que ce terrein fût couvert de bâtiments; et nous prouverons par la suite que le clos Mauvoisin ou de Garlande, qui confine à cette place, ne fut bâti qu'en 1202.
Rue du Pavé-de-la-Place-Maubert. Elle commence au bout de la rue de la Bûcherie, et aboutit à la place dont elle porte le nom. Sauval l'a confondue avec la rue du Fouare, et d'autres avec le cul-de-sac d'Amboise, erreurs que Jaillot a rectifiées[457].
Rue Neuve-Saint-Médard. Cette rue, qui traverse de la rue Moufetard à la rue Gratieuse, se nommoit anciennement d'Ablon. Ce nom lui vient du territoire où elle étoit située, lequel est connu dès le douzième siècle. Vers la fin du règne de François Ier il fut couvert de maisons. Jaillot prétend n'avoir point trouvé de vestiges de l'hôtel d'Ablon, qui, selon Sauval, existoit au commencement du seizième siècle. Du reste ce lieu ne fut d'abord habité que par des gens de la plus vile populace, et il s'y passoit de telles abominations qu'après même qu'on eut fait cesser ces désordres infâmes, on voulut en éteindre jusqu'au souvenir en donnant un autre nom à la rue où ils s'étoient commis. C'est alors qu'elle reçut le nom de rue Neuve-Saint-Médard.