Rue de l'Éperon. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue Gaugain, vicus Galgani. Elle le portoit en 1269[651], et l'a conservé jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue Cauvain. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye, dans lesquels on lit Gongan, Gongain, Gongaud, Gorigand, etc. Ce sont des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve désignée rue Chapron, de Chaperon et Chapon; enfin, dans le procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms viennent de plusieurs enseignes.

Rue du Foin. Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue O Fain; de la Fennerie en 1332; au Foin en 1383 et 1386[652]. Cependant, en 1383, on la trouve aussi sous la dénomination de rue aux Moines de Cernai, parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.

Rue Gilles-Cœur. Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de Gilles-Queux, Gui-le-Queux, et, peut-être, par faute de copiste, Gui-le-Preux. Jaillot observe que ce nom de Gui-le-Queux a été aussi donné à la rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient de quelqu'un de ses plus notables habitans[653]. Un acte de 1397, cité par Sauval, lui donne le nom de Gui-le-Comte. Ceux de Gilles-le-Cœur et de Gist-le-Cœur sont évidemment des fautes de copistes.

Rue de la Harpe. Elle commence au bout de la rue de la Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et aboutit à la place Saint-Michel. Un titre de 1247 lui donne déjà ce nom, vicus Cithare[654]. Dix ans après on la trouve sous celui de la Juiverie; la rue des Juifs, domus in Judearia ante domum Cithare, vicus Judeorum[655]; en 1262, vetus Judearia[656]. On l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270 le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue du Harpeur; toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque sous le nom de la Harpe: in vico de Citharâ en 1270, et vicus Harpe en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à droite, au-dessus de la rue Mâcon.

Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la Harpe ou de la Herpe depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la nommoit tantôt rue Saint-Côme, tantôt rue aux Hoirs d'Harecour[657]. Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette dénomination, dit que la distinction des deux parties de la rue de la Harpe subsistoit encore dans le procès-verbal de 1636[658].

Rue Hautefeuille. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette rue doive son nom à un château de Hautefeuille, lequel appartenoit, dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de roman[659]. En supposant même, dit Jaillot, que le vieux château mentionné par nos historiens[660], et dont on trouva des vestiges en 1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers. Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend aux religieux de jouer à la paume sous la Haute-Feuillé.

Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit rue Saint-André et du Chevet-Saint-André. Au commencement du quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le nom de la Barre[661]: on suppose qu'elle le devoit à Jean de La Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage[662].

Rue de l'Hirondelle. Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Cœur, de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de diverses manières dans différents actes; en 1200, rue d'Arrondale en Laas, et d'Arondelle en Laas en 1222; en 1263, d'Hirondale; dans Guillot, d'Hérondale; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.

Rue de la Huchette. Cette rue commence au carrefour que forment la place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée d'abord rue de Laas; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année 1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de la Huchette, qui probablement venoit de quelque enseigne.

Rue de Hurepoix. Elle aboutissoit d'un côté au quai des Augustins, et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la distinguoit pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de Seine-allant-aux-Augustins. En 1636 on l'appeloit rue du Quai-des-Augustins. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle porte aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où venoient loger les marchands du Hurepoix[663].