[218]: Il imagina d'écrire de Sedan au duc de Lorraine une lettre tournée en forme de réponse, comme s'il y avoit eu entre eux un commencement de négociation. Il y discutoit des propositions d'accommodements, accordoit celle-ci, refusoit celle-là, et finissoit par dire que si Charles s'opiniâtroit à refuser les offres de la cour, elle sera forcée de traiter avec Condé, trouvant moins fâcheux pour elle de se livrer à un prince du sang que d'exposer le royaume à une invasion. Le courrier, porteur de cette dépêche, eut ordre de se laisser prendre par les Espagnols. Fuensaldagne, l'ayant lue, en conclut qu'il seroit impolitique de rendre Condé trop redoutable à la reine; et complétement dupe de cette ruse, au lieu de joindre le duc de Lorraine, il se contenta de lui envoyer quelque cavalerie et ramena son armée en Flandres.
[219]: Trompée par les artifices de Charles, qui négocioit toujours en avançant vers Paris, la reine avoit ordonné à Turenne de ne point l'inquiéter dans sa marche. Celui-ci, dont le coup d'œil étoit plus pénétrant, aima mieux désobéir et courir les dangers de sa désobéissance, que de risquer de tout perdre. Il continua à serrer de près l'armée du duc; et n'ayant pu empêcher la jonction de ses troupes avec celles des princes qui avoient pris ensemble leur campement sur les bords de la Seine et de la Marne, près d'Albon, il se plaça devant elles, dans une position avantageuse, près de Villeneuve-Saint-George, derrière un bois, et dans l'angle que forme la rivière d'Yères à son confluent avec la Seine. Les deux armées restèrent en présence tout le mois de septembre, tandis que l'on continuoit de négocier. Turenne les tint ainsi en échec tant qu'il le crut nécessaire, et jusqu'à ce qu'il eût rempli son objet, qui étoit de fatiguer les Parisiens par le séjour au milieu d'eux de ces soldats étrangers, pillards et indisciplinés, d'amuser les princes par ces négociations que l'on traînoit en longueur, de les discréditer, et d'achever d'en détacher le peuple et ses chefs. Quand il vit les choses arrivées au point où il les vouloit, il décampa sans livrer bataille, ce qui étoit l'objet de tous les vœux du prince de Condé, et le laissa étonné et désespéré de sa retraite.
[220]: Il reçut alors le chapeau des mains du roi; sans cette cérémonie, si long-temps et si prudemment différée, qui seule l'établissoit réellement cardinal françois, il se seroit déclaré, dit-on, pour Condé, qu'il ne combattoit que contre son gré, et dont le parti vainqueur eût pu le conduire au ministère.
[221]: Elle lui offrit l'ambassade de Rome, cent mille écus pour payer ses dettes, une pension de cinquante mille écus, et une pareille somme pour former ses équipages.
[222]: La mort de son oncle l'ayant rendu, pendant sa prison, archevêque de Paris, on lui demanda sa démission pour prix de sa liberté; il la donna, ou feignit de la donner. En attendant qu'elle eût été ratifiée à Rome, il fut transféré au château de Nantes, d'où il se sauva. Il erra ensuite en Espagne, en Flandres, à Rome, en Allemagne, tandis que ses partisans, et particulièrement un curé de la Magdelaine qu'il avoit fait son grand-vicaire, soutenoient ses droits avec autant de talent que d'intrépidité. Si Gondi les eût secondés par une conduite régulière et par plus de persévérance, il est probable qu'il seroit rentré en France encore archevêque de Paris; mais il se lassa de l'exil et transigea. On lui donna de grosses abbayes en échange de son archevêché; il fixa sa demeure en Lorraine, paya ses dettes à la longue par de strictes économies; obtint, sur la fin de sa vie, la permission de revenir à Paris, y passa ses derniers jours dans un petit cercle d'amis qui charmoient la douceur de son commerce et l'agrément de sa conversation; et y mourut dans les sentiments de piété les plus édifiants.
[223]: Ce qui avoit indisposé les Hollandois contre la France, c'est que, dans une négociation entamée en 1646 avec l'Espagne, Mazarin avoit proposé l'échange des Pays-Bas catholiques et de la Franche-Comté contre la Catalogne et le Roussillon[223-A]. Ce projet étoit de nature à les inquiéter; ils considéroient avec raison le voisinage de la France comme beaucoup plus redoutable pour eux que celui des Espagnols; et en effet, les Pays-Bas, sous la domination d'une puissance éloignée et que tant de guerres avoient fatiguée et épuisée, devenoient pour eux une barrière contre la prépondérance naissante de la France, et déjà visible à tous les yeux.
[223-A]: Voyez les art. 3 et 4 de ce traité dans le P. Bougeant. (Hist. des guerres et des négociat., t. II, p. 368.)
[224]: C'étoit Claude de Mesmes, comte d'Avaux, et Abel Servien, comte de la Roche-des-Aubiers: celui-ci étoit l'homme de confiance de Mazarin. Des dissensions s'étant élevées entre ces deux plénipotentiaires, la cour se décida à envoyer au congrès, en 1645, un premier plénipotentiaire, dans la personne d'un prince du sang: ce fut Henri d'Orléans, duc de Longueville, que nous avons vu jouer depuis un des premiers rôles dans la guerre de la fronde.
[225]: En 1645.
[226]: Au sujet de la cession de cette province, il fut question de savoir si elle seroit cédée en toute propriété au roi de France et en la détachant de l'empire germanique, ou s'il devoit consentir à la tenir à titre de fief, avec voix et séance à la diète. Les plénipotentiaires françois discutèrent dans un Mémoire qu'ils envoyèrent en cour, les avantages de l'un et de l'autre mode de posséder, et parurent pencher pour le second, vu qu'ils y voyoient pour leur souverain la possibilité d'être un jour élevé à la dignité impériale; et ces mêmes hommes ne manquoient point, à toute occasion, de crier contre l'ambition de la maison d'Autriche et contre sa tendance à la monarchie universelle.