[2]: «Louis XIV y établissoit un conseil de régence, composé de M. le duc d'Orléans qui en étoit le chef, de M. le duc de Bourbon qui y devoit assister quand il auroit vingt-quatre ans accomplis, du duc du Maine, du comte de Toulouse, du chancelier, des maréchaux de Villeroi, de Villars, de Tallard, d'Harcourt, des quatre secrétaires d'État et du contrôleur général. Dans ce conseil, tout devoit se régler à la pluralité des voix; l'avis du chef ne devoit prévaloir que quand le nombre des suffrages seroit égal. La personne du jeune roi étoit mise sous la tutelle et garde du conseil de régence, et le duc du Maine chargé de veiller à son éducation et à sa conservation, avec une entière autorité sur les officiers de la garde de sa majesté. Le duc du Maine venant à manquer, le comte de Toulouse devoit prendre sa place. Le maréchal de Villeroi étoit nommé gouverneur sous l'autorité du duc du Maine.» (Avrigny, t. 5, p. 320.)
[3]: Tout ce que le duc d'Orléans demanda dans cette séance mémorable lui fut accordé avec tant de facilité, que, dans le transport de sa joie, il se laissa entraîner aux promesses les plus exagérées. Un homme habile, dévoué à ses intérêts, qui observoit froidement dans la foule, et qui connoissoit l'esprit parlementaire, lui fit parvenir un billet où étoient ces mots: «Vous êtes perdu si vous ne rompez la séance.» Il le crut, et continua l'assemblée à l'après-midi. Il avoit tout obtenu avant même que le testament fût ouvert.
[4]: Ils acquirent assez de force pour qu'il se vît réduit à s'en défendre devant le roi comme d'une accusation formelle. Louis XIV, qui le connoissoit bien, l'appeloit un fanfaron de vices.
[5]: «Son mariage leur avoit déplu, parce qu'ils désiroient que leur roi prît une femme de leur nation; de son côté, Élisabeth Farnèse ne leur pardonnoit pas qu'ils en eussent souhaité une autre. Cette aversion réciproque s'augmentoit encore par les préférences pour les places et les emplois, que la reine, dans la méfiance qu'elle avoit des Espagnols, faisoit accorder, tant qu'elle pouvoit, aux Italiens et aux Flamands.» (Anquetil.)
[6]: Les enfants qu'elle avoit du roi ne pouvant prétendre au trône parce qu'il avoit des fils de sa première femme, la princesse de Savoie, elle avoit formé le dessein de leur procurer d'autres établissements, ainsi que nous le verrons ci-après.
[7]: Il trompa la princesse des Ursins, qui cherchoit pour le roi d'Espagne une femme douce, timide, sans expérience, qu'elle pût gouverner en même temps que son royal époux, et lui persuada que la princesse de Parme étoit telle qu'elle pouvoit le souhaiter. Ce fut sur le portrait qu'il en fit que le mariage fut conclu.
[8]: «On n'auroit pu certainement blâmer le duc d'Orléans de prendre d'avance ses précautions pour cet objet (la succession au trône); et c'est ce que reconnoissoit le maréchal de Villars parlant à lui-même dans le conseil. «Nous sommes très persuadés, lui disoit-il, que vous désirez la vie du roi, comme nous la désirons tous tant que nous sommes; mais il n'y a personne qui puisse s'étonner que vous portiez vos vues plus loin. Comment les mesures qu'il est libre à tout particulier de prendre dans sa famille pour ne pas laisser échapper une succession qui le regarde, pourroient-elles être blâmées dans un prince auquel la couronne de France doit naturellement tomber?» Villars concluoit qu'il falloit se contenter de savoir bien certainement quelles étoient les vues de l'Espagne dans ses armements, et quand on se seroit assuré qu'ils ne menaçoient pas la France, lui souhaiter un bon succès, et ne pas s'en mêler. (Mém. de Villars, Anquetil.)
[9]: «Venant un jour au Palais-Royal, raconte encore Villars, je trouvai que le prince avoit été renfermé trois heures avec mylord Stairs et Stanhope. Quand ils sortirent de la longue audience qu'il leur avoit donnée, je lui dis: Monseigneur, j'ai été employé en diverses cours, j'ai vu la conduite des souverains; je prendrai la liberté de vous dire que vous êtes l'unique qui veuille s'exposer à traiter seul avec deux ministres du même maître. Il me répondit: «Ce sont mes amis particuliers.» Selon les apparences, répliquai-je, ils sont encore plus amis de leur maître, et deux hommes bien préparés à vous parler d'affaires, peuvent vous mener plus loin que vous ne voudriez. (Mém. de Villars, Anquetil.)
[10]: Ce guet à pens avoit été établi à Nonancourt, bourg situé à dix-neuf lieues de Paris, où le prétendant devoit passer pour se rendre en Bretagne, et de là s'embarquer pour l'Écosse. Ce fut la maîtresse des postes qui, sur de simples pressentiments, déjoua le complot et sauva ce prince d'une mort certaine.
[11]: Ce traité est connu sous le nom de la quadruple alliance. «Il avoit pour prétexte, selon saint Simon, 1o de réparer les troubles apportés, soit à la paix conclue à Bade en 1714, soit à la neutralité de l'Italie, par le traité d'Utrecht en 1713; 2o de faire une paix solide, et soutenue par les principales puissances de l'Europe. Entre autres clauses, on y régloit la succession de divers États souverains d'Italie, de manière qu'après la mort de leurs possesseurs actuels, les mutations qui s'y pourroient faire ne troublassent point le repos de l'Europe. Le but réel de ce traité entre Georges Ier et le régent étoit de se garantir mutuellement, à l'un la possession d'un trône usurpé, à l'autre la succession à un trône qu'il croyoit, contre toute vraisemblance, pouvoir, en cas d'événement, lui être disputée.»