[12]: Villars l'entendoit bien mieux que le duc d'Orléans. «Eh bien, lui disoit-il, si l'Espagne veut s'agrandir, aidez-la au lieu de la contrarier. Plus vous contribuerez à son agrandissement, moins elle sera tentée de vous troubler dans vos prétentions à la couronne; et si Philippe V avoit cette tentation, il verroit toute l'Europe s'élever contre un prince que vous auriez rendu trop formidable en étendant sa puissance.» (Mém. de Villars.)
[13]: La liste en étoit longue. Le roi rendoit justiciables de cette cour «les officiers de nos finances, disoit l'arrêté, les comptables, traitants, sous-traitants et gens d'affaires, leurs clercs, commis et préposés, et autres qui ont vaqué et travaillé, tant en la levée, perception et régie de nos droits et deniers de nos recettes, qu'autres levées et recouvrements ordinaires et extraordinaires, traités, sous-traités, entreprises et marchés par étapes, fournitures de vivres aux troupes, hôpitaux, munitions de guerre et de bouche aux villes, garnisons et armées de terre et de mer, circonstances et dépendances, ou en l'emploi et distribution desdits deniers, soit pour les dépenses de la guerre, de nos maisons royales, et autres charges de notre État. Ensemble contre tous ceux qui ont exercé l'usure à l'occasion et au détriment de nos finances, tant sur les papiers que sur les espèces.»
[14]: Les fonctions de cette chambre, composée de présidents et conseillers au parlement, d'officiers de la chambre des comptes, de la cour des aides, et de maîtres des requêtes, étoient «de procéder à l'instruction et jugement des procès civils et criminels mus et à mouvoir par le procureur général de la chambre, pour raison de péculat, concussions, exactions et malversations en fait de finances.» On emprisonnoit une foule de gens accusés ou simplement soupçonnés; plusieurs furent gardés dans leurs maisons. Il y eut défense de donner des chevaux de poste à ceux qui voudroient se sauver, et de favoriser en aucune manière leur évasion. Il y en eut de condamnés au pilori, aux galères, à de grosses amendes, et un seul à la mort dans une province éloignée. (Anquetil.)
[15]: Les taxes imposées sur environ quatre cents personnes produisirent plus de cent quatre-vingts millions, dont quatre-vingts à peu près furent employés à retirer des billets d'État et à rembourser le capital des rentes. (Anquetil.)
[16]: La duchesse de Berry.
[17]: Voyez 1re partie de ce volume, p. 196 et seqq.
[18]: Lorsque l'administration de l'État se centralisoit de jour en jour davantage, et alloit détruisant sans cesse devant elle toute action et tout privilége politique dans les diverses classes de la société, les anciens priviléges concernant l'impôt, priviléges qu'avoient autrefois justifiés certaines charges publiques exercées par les premiers ordres de l'État, certains droits honorifiques qui leur avoient été concédés, et même d'anciennes transactions avec quelques provinces, loin d'avoir été détruits, étoient défendus avec plus d'opiniâtreté que jamais par leurs possesseurs qui mettoient un certain point d'honneur à ne s'en point dessaisir. Dans d'autres temps, ces priviléges avoient eu l'avantage d'arrêter plus d'une fois l'ambition et le despotisme des souverains; ce n'étoit que violemment qu'ils parvenoient quelquefois à vaincre cet obstacle qui se rétablissoit en quelque sorte de lui-même.—Ils étoient devenus odieux et intolérables, maintenant que les peuples écrasés par les prodigalités excessives de Louis XIV, et ne trouvant plus, dans ces premiers ordres de l'État, de protection et de garantie contre les excès du pouvoir absolu, demandoient que du moins ils partageassent avec eux le fardeau de la dette publique. Il étoit d'ailleurs nécessaire de soutenir, sur ce point, la concurrence de l'Angleterre qui venoit d'établir chez elle le seul système d'impôt que le matérialisme social, auquel tout tendoit dès lors en Europe, pût désormais admettre et supporter.
[19]: Il s'agissoit d'une refonte d'espèces dont on ne se croyoit point obligé de lui faire connoître ni le titre ni les motifs. Louis XIV, qui avoit employé trop souvent cette ressource ruineuse et frauduleuse, avoit fini par y renoncer, les variations continuelles dans ce taux des monnoies ayant été une des plus grandes calamités de son règne. La perspective d'un bénéfice assez considérable y fit revenir, et ce bénéfice, qui étoit d'un cinquième par louis d'or, rendit en effet soixante-douze millions; mais la plupart des espèces, et il étoit facile de le prévoir, au lieu d'être échangées, passoient à l'étranger qui les fabriquoit au nouveau titre; et ainsi s'appauvrissoit et se discréditoit la France.
[20]: «Les billets d'État perdoient jusqu'à soixante-dix-huit et demi, pendant que les actions de la banque gagnoient quinze pour cent; on recevoit les premiers au trésor royal sur le pied de leur perte, et on les payoit en actions sur le pied du gain de celles-ci. Ainsi l'État les retiroit à peu de frais et s'enrichissoit en se libérant, et les particuliers se ruinoient en se dépouillant de plus des deux tiers de leur bien.» (Anquetil, Mém. sur la Rég.)
[21]: Saint Simon jette de grands cris sur les projets d'Albéroni: «Ils n'avoient, dit-il, d'autre fondement que sa folie, ni d'autres ressources que les seules forces de l'Espagne contre celles de la France, de l'empereur et de la Hollande.» C'étoit n'y rien entendre, et imputer à ce ministre la folie des autres. Il ne pouvoit prévoir le parti que prendroit le régent de s'allier aux Anglois et à l'empereur contre le roi d'Espagne, parce qu'il est des absurdités qui semblent impossibles, et que, par conséquent, on ne peut raisonnablement faire entrer dans le calcul des chances contraires au succès d'une entreprise.