[22]: L'Espagne promettoit de soutenir d'une armée la révolte du Languedoc, sur laquelle on comptoit, et celle de la Bretagne qui déjà étoit commencée. La guerre civile allumée, le parlement déféroit la régence au roi d'Espagne, et annuloit l'acte de renonciation de ce monarque à la couronne de France. Le duc du Maine devoit exercer en son nom l'autorité de régent. Ce plan eût eu plus de chances de succès, plutôt, lorsque le duc du Maine étoit surintendant de l'éducation du roi, et pouvoit disposer jusqu'à un certain point de la personne de ce jeune prince, ou plus tard, lorsque la chute du système de Law porta la haine du peuple contre le régent jusqu'au dernier degré d'exaspération.
[23]: Il y a deux versions sur la découverte des papiers de la conspiration que le prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne à Paris, envoyoit à Albéroni; mais le résultat en est le même. Un abbé, Porto-Carero, qui en étoit porteur, fut arrêté à Poitiers; on visita sa voiture, et ces papiers y furent saisis dans un double fond où ils étoient cachés.
[24]: On y retraçoit avec énergie les promesses publiques que le régent avoit faites de gouverner suivant les lois et par l'établissement des conseils de régence, promesses qu'il avoit indignement violées; et l'on ajoutoit: «Le public n'a ressenti aucun fruit, ni de l'augmentation des monnoies, ni de la taxe des gens d'affaires. On exige cependant les mêmes tributs que le feu roi a exigés pendant le fort de ses plus longues guerres; mais dans le temps que le roi tiroit d'une main, il répandoit de l'autre, et cette circulation faisoit subsister les grands et les peuples. Aujourd'hui les étrangers qui savent flatter la passion dominante, consument tout le patrimoine des enfants.» On ajoutoit: «Il semble que le premier soin du duc d'Orléans ait été de se faire honneur de l'irréligion; cette irréligion l'a plongé dans des excès de licence dont les siècles les plus corrompus n'ont point eu d'exemple, ce qui, en lui attirant le mépris et l'indignation des peuples, nous fait craindre à tout moment, pour le royaume, les châtiments les plus terribles de la vengeance divine.» (Mém. sur la Régence, t. 2, p. 170-184.)
[25]: Madame de Staël nous apprend dans ses Mémoires, qu'à l'exception du duc et de la duchesse du Maine, toutes les personnes arrêtées pour cette affaire furent traitées avec beaucoup de douceur. Lui-même, au bout de quelque temps, ne parut pas moins pressé que ses prisonniers d'en finir avec eux et de les mettre en liberté.
[26]: Albéroni lui avoit promis une flotte considérable et quarante mille hommes de troupes de débarquement; déconcerté sans doute par tant de fâcheux événements qui dérangeoient tous ses calculs, il ne put réaliser les promesses qu'il lui avoit faites, et néanmoins le prétendant eut tort peut-être de ne pas s'aventurer même avec le peu qu'on lui offroit. Ses véritables auxiliaires étoient dans le pays même; il ne s'agissoit que d'y aborder et d'y pouvoir tenir en abordant.
[27]: On vouloit soumettre cette province à des impôts qu'elle ne se croyoit pas obligée de payer; et, depuis 1717, sa noblesse combattoit, dans les États provinciaux, cette prétention du gouvernement. Irrités du mépris qu'on faisoit de leurs justes représentations, un grand nombre de gentilshommes bretons avoient écouté les propositions d'Albéroni, et n'attendoient que l'apparition d'une flotte espagnole pour exciter un soulèvement; ce projet ayant manqué avec tous les autres, le régent crut devoir faire un exemple de sévérité dans une province où les esprits étoient plus remuants que partout ailleurs. Une chambre de justice fut établie à Nantes, à l'effet de faire le procès aux gentilshommes qui avoient trempé dans la conspiration d'Albéroni, et quatre d'entre eux eurent la tête tranchée.
[28]: Mademoiselle de Montpensier. L'infante n'avoit alors que quatre ans; le roi en avoit déjà treize. Elle fut envoyée en France pour y être élevée, et attendre, au milieu des événements politiques, l'âge où ce mariage pourroit donner des héritiers au trône.
[29]: «L'Angleterre, dit saint Simon, dont la politique ne vouloit souffrir de marine à aucune puissance de l'Europe, avoit obtenu, par la toute-puissance de l'abbé Dubois, qu'il ne se formât aucun vaisseau en France, et qu'on y laissât tomber en ruine le peu qui y restoit. Le secours que cette puissance avoit donné à Naples et à la Sicile, avoit eu pour objet la ruine de la flotte espagnole par la leur qui étoit très supérieure, plus que son attachement aux intérêts de l'empereur. La France avoit non seulement souffert que la flotte angloise, non contente de secourir la Sicile, détruisît encore la flotte espagnole; mais nous nous étions laissé séduire au point de porter les armes dans le Guipuscoa, moins pour y faire les faciles conquêtes que la France y fit, et qu'elle ne pouvoit se proposer de conserver, que pour anéantir la marine d'Espagne, donner un champ libre à celle d'Angleterre, lui assurer l'empire de toutes les mers, et lui faciliter l'empire des Indes, en y détruisant celui d'Espagne.» (Mém., liv. V.)
[30]: Rouillé du Coudray. Il étoit déjà parvenu à éteindre quatre cent millions de dettes exigibles.
[31]: Il avoit fallu réduire de beaucoup les pensions; et cette opération, faite avec une rigueur nécessaire, avoit consterné ce peuple d'avides courtisans dont le régent étoit environné, et qui l'obsédoit de plaintes auxquelles il n'avoit pas la force de résister. Il n'osoit pas en même temps proroger l'impôt du dixième dont le terme fatal approchoit, et qui devoit cesser alors sans retour, suivant la parole royale que Louis XIV en avoit donnée. Cet impôt étoit odieux aux grands qui avoient la foiblesse d'en être humiliés; et qui sacrifioient ainsi le repos et la sûreté de l'État à la plus ridicule des vanités, celle d'avoir le privilége de n'en pas partager les charges.