[81]: Orry, dont la probité étoit suspecte, mais qui entendoit les finances, conserva ce département qu'il avoit été sur le point de perdre sous le ministère du cardinal. Le comte d'Argenson remplaça le marquis de Breteuil au ministère de la guerre; il y montra des vues et de l'activité. Maurepas resta à la marine pour en achever la destruction; le chancelier d'Aguesseau ne fut point dérangé de sa place: il étoit considéré comme le personnage le plus nul de tout le ministère, et ce n'étoit malheureusement pas sans raison.
[82]: Les épigrammes et les chansons étoient alors la seule manière dont le peuple se vengeoit des fautes de ceux qui gouvernoient si étrangement la France. On se tranquillisoit sur cette gaieté du bon peuple françois; on en tiroit cette conséquence, que puisqu'il rioit et chantoit, c'est qu'il prenoit son mal en patience et qu'il étoit facile à gouverner. Mazarin avoit pensé de même, et la guerre de la Fronde avoit pu le désabuser. Il a fallu la révolution pour apprendre au ministérialisme du XVIIIe siècle de quoi est capable une nation qui se moque de ceux qui la gouvernent, et qui les chansonne.
[83]: Une escadre de vingt-six vaisseaux de ligne, sous le commandement du comte de Roquefeuil, entra dans la Manche; les côtes se couvrirent de troupes qui sembloient prêtes à s'embarquer; le maréchal de Saxe devoit, disoit-on, les commander, et le prince Édouard étoit parti de Rome pour joindre l'armée françoise.
[84]: Son père, disoit-on, avoit été boucher et se nommoit Poisson; sa mère, célèbre dans sa jeunesse par sa beauté et par sa galanterie, l'avoit mariée à un sous-fermier nommé Le Normand d'Étioles; et dès lors, spéculant sur les charmes et sur tous les moyens de séduction que possédoit sa fille, elle avoit décidé qu'une beauté si parfaite ne violeroit la foi conjugale que pour triompher du roi de France, et lui avoit inspiré de tourner toutes ses pensées vers cette illustre conquête. La fille se montra docile aux inspirations de sa mère, et, à force de manœuvres de comédie, finit par attirer dans ses lacs le monarque voluptueux. Nous allons voir bientôt paroître, sur le triste théâtre des affaires publiques, cette femme si fatale à la France.
[85]: La mort de Philippe V, dont la nouvelle parvint à l'armée espagnole pendant cette retraite, contribua beaucoup à accroître ce découragement. L'influence de la reine cessa à l'instant même de la mort de son mari; et le nouveau roi, Ferdinand VI, n'étoit pas disposé à sacrifier ses armées et ses trésors, afin de conquérir des principautés à ses frères utérins. Toutefois ce n'étoit pas une raison pour abandonner de fidèles alliés.
[86]: Les violences des Autrichiens y furent portées à de tels excès, qu'elles soulevèrent contre eux une population entière désespérée. On les attaqua dans la ville même; on les poussa de rue en rue; les femmes, partageant cette fureur patriotique, les accablèrent, du haut des toits, de débris arrachés à leurs propres maisons; ils finirent par être chassés de la ville, après avoir perdu quatre mille des leurs dans cette action meurtrière. La France envoya depuis aux Génois, sous la conduite du duc de Boufflers, un corps de troupes au moyen duquel ils purent se maintenir.
[87]: Alors l'armée espagnole, réduite à moins de neuf mille hommes, se sépara des débris de l'armée françoise où l'on comptoit à peine onze mille soldats manquant de tout, et, traversant le Dauphiné, alla se cantonner dans le duché de Savoie, dont le roi d'Espagne étoit encore maître.
[88]: Il avoit été fait prisonnier le 20 décembre 1743, en prenant des relais à la porte d'Elbingerode, petit bourg enclavé dans le territoire de Hanovre, et conduit en Angleterre, où il resta jusqu'au 17 août de l'année suivante.
[89]: Le comte de Lowendalh étoit danois d'origine, et avoit servi d'abord en Russie. La prise de Berg-op-Zoom lui valut le bâton de maréchal de France.
[90]: «L'impératrice Élisabeth Petrowna, fille du czar Pierre, fit marcher cinquante mille hommes en Livonie, et promit d'équiper cinquante galères. Cet armement devoit se porter partout où voudrait le roi d'Angleterre, moyennant cent mille livres sterling seulement.» (Voyez Précis du Siècle de Louis XIV, ch. XXVI.)