[139]: On feroit un livre entier des folies, des turpitudes, des abominations de tout genre qui se passoient dans ces assemblées, composées d'imbécilles, de fripons, de libertins hypocrites, de femmes perdues, où les séances, commencées par des miracles, des prophéties, surtout par des tortures bizarres (coups de poing, coups d'épée, crucifiements, etc.), exercées particulièrement sur ces malheureuses par ceux qui les avoient ou payées ou séduites, dégénéroient souvent en orgies infâmes et dégoûtantes. Réunis d'abord sous la même bannière, les convulsionnaires se partagèrent bientôt en une multitude de sectes, désignées par le nom de leurs chefs, divisées par leurs doctrines, et retraçant, dans leurs rêveries, ce que les anciennes hérésies les plus décriées ont jamais offert de plus absurde, de plus impie, de plus fanatique. Abandonnés par les appelants qui n'avoient pas renoncé à tout bon sens et à toute pudeur, ils trouvèrent long-temps encore des partisans et des protecteurs, et jusque dans le parlement; mais ce que beaucoup de personnes ignorent, c'est que la secte des convulsionnaires n'étoit pas encore entièrement éteinte au commencement du dix-neuvième siècle. En 1787, deux ans avant la révolution, il parut une relation imprimée d'un crucifiement, qu'un curé de Fareins, nommé Bonjour, avoit fait subir à une jeune fille, devant la porte même de son église. Il fut arrêté et renfermé. On le vit reparoître en 1792, accompagné d'un enfant miraculeux, dont la mission divine devoit commencer en 1813; et il trouva, même encore à cette époque, quelques partisans. Leurs rassemblements mystérieux se prolongèrent jusqu'en 1806, où ils excitèrent l'attention de la police. Bonjour fut arrêté ainsi que l'enfant; et depuis cette époque la trace de ces sectaires insensés s'est entièrement perdue. (Voyez les Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle, année 1761.)
[140]: Lafiteau, t. 2, p. 287.
[141]: Les actes de cette compagnie furent dès lors poussés à cet excès de démence de supprimer une lettre pastorale de l'archevêque de Cambray, par la raison qu'il y donnoit au roi le titre de Très-Chrétien, soutenant que, de la part d'un sujet de Sa Majesté, c'étoit lui manquer de respect que de ne pas lui donner simplement le nom de Roi. Cet arrêt, qui semble incroyable, est du 13 juin 1734 (Lafiteau, t. 2, p. 299). Cependant, jusqu'à un certain point, cette compagnie raisonnoit conséquemment; car sous les rois païens, quels qu'ils fussent, la religion du pays, quelle qu'elle pût être, étoit constamment honorée, protégée, et au besoin vengée de quiconque osoit l'insulter dans ses dogmes ou dans ses ministres.
[142]: Lafiteau, t. 2, p. 314.
[143]: Ce même Lafiteau, évêque de Sisteron, à qui nous devons la meilleure relation qui existe de ces querelles causées par la bulle Unigenitus, relation à laquelle on ne peut faire d'autre reproche que de montrer trop d'indulgence pour le régent, son ministre et le cardinal de Fleuri.
[144]: L'Assemblée générale du clergé se tenoit à Paris tous les cinq ans. L'objet de ses délibérations, le plus intéressant pour la cour, étoit d'y voter le don gratuit qu'elle avoit coutume d'offrir au roi: alors on l'écoutoit volontiers. Elle devenoit le plus souvent importune, lorsqu'elle s'occupoit des maux de l'Église, et qu'elle demandoit au pouvoir les moyens d'y porter remède. Comme, dans ces moyens qu'elle proposoit pour y parvenir, il s'agissoit, avant tout, de lui rendre une liberté suffisante, et d'autoriser, à ce sujet, ses synodes et ses conciles provinciaux, on conçoit que les profonds politiques qui gouvernoient alors la France devoient y trouver un grand danger[144-A]. Nous allons voir tout à l'heure un contrôleur-général des finances essayer de résoudre le problème d'avoir l'argent de l'Église, et de se passer de ses assemblées et de ses remontrances.
[144-A]: Loin de permettre ces réunions extraordinaires du clergé, le régent n'avoit pas jugé à propos de convoquer son assemblée ordinaire et quinquennalle de 1720; celle de 1725 avoit eu à se plaindre du mépris qu'on avoit fait de ses remontrances, et des procédés violents du duc de Bourbon à son égard. (Voyez les Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle, A, 1725.)
[145]: Le Parc aux Cerfs: c'étoit un enclos pratiqué sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui le quartier Saint-Louis, à Versailles. On y avoit bâti plusieurs maisons élégantes dans lesquelles étoient conduites les malheureuses destinées à ses embrassemens passagers, et recrutées par la violence ou par les séductions des nombreux agents de ses débauches, dans tous les rangs de la société. La plume se refuse à retracer les horreurs qui se passoient dans ce repaire royal. Si l'on en croit des traditions qui semblent certaines, puisqu'elles se composent des témoignages d'un grand nombre de personnes attachées à la cour, ce n'étoient pas seulement des femmes arrachées à leurs maris, des filles achetées à leurs mères, qui venoient s'y perdre: l'enfance même y fournissoit des victimes; et, introduite dès l'âge de neuf à dix ans dans cet asile infâme, la jeune vierge y attendoit qu'elle fût nubile pour être profanée, et y recevoit une éducation conforme à ses futures destinées. Après quelques semaines, quelques jours, quelquefois même après un seul jour, elles en sortoient, quelques unes entièrement abandonnées et réduites à se livrer à la prostitution publique; d'autres dotées et mariées, quand elles pouvoient l'être, à des hommes que l'on abusoit pour les leur faire épouser, ou qui s'avilissoient eux-mêmes volontairement en contractant de semblables alliances. On ajoute que celles qui avoient eu des enfants du roi conservoient un traitement fort considérable. Ce fut vers 1753 que commença cet établissement de prostitution. Il coûta des sommes immenses qu'il seroit difficile d'évaluer, mais qui peuvent être portées, sans exagération, à plus de cent millions.
[146]: Le Mondain et l'Épître à Uranie.
[147]: La marquise Du Châtelet.