[148]: L'Esprit des Lois est un de ces livres produits par les doctrines philosophiques du dix-huitième siècle, dont beaucoup de gens, qui font profession de haïr ces doctrines, sont encore engoués au dix-neuvième; et parmi ceux qui pérorent dans nos tribunes publiques, avec toutes les prétentions de l'orateur et du profond politique, il en est un grand nombre qui ne parle jamais de Montesquieu qu'en l'appelant notre grand publiciste: c'est son sobriquet. Cependant ils seroient fort embarrassés s'il leur falloit expliquer quel est le plan et l'idée première de cet écrivain, d'où il part, et où il veut aller; si on les invitoit à montrer, dans son livre, nous ne dirons pas la véritable théorie, mais une théorie quelconque de la société, qu'il ne conçoit pas même complétement dans son existence matérielle, seul rapport cependant sous lequel il l'ait constamment envisagée. En attendant que quelqu'un de ces honnêtes enthousiastes nous ait clairement déduit ce que notre grand publiciste a voulu démontrer, et ce qu'il a prétendu conclure, nous ne craindrons pas, nous, d'avancer qu'il est difficile de présenter, dans un style plus piquant, plus nerveux, plus original, un plus grand nombre de paradoxes absurdes et de fausses définitions; de rassembler, avec moins de critique et de véritable savoir, plus d'idées superficielles, de notions hasardées et souvent contradictoires; enfin de faire un ouvrage de politique plus attrayant pour la forme, pour le fond plus mauvais et plus dangereux. Nous ajouterons que tout ce qu'il y a de remarquable dans ce livre, et qui s'y présente avec quelque apparence de profondeur, appartient à Machiavel, peu connu en France à l'époque où écrivoit Montesquieu, et qu'il pille continuellement avec la mauvaise foi littéraire de ne pas faire, une seule fois, l'aveu de ses larcins.

Lorsque ce livre parut, une femme très spirituelle (nous croyons que c'est madame Du Deffant) dit que «c'étoit de l'esprit sur les lois.» Les habiles d'alors se moquèrent d'elle; cependant elle seule l'avait bien défini.

Quant à Buffon, il est jugé depuis long-temps comme savant et comme naturaliste; comme écrivain il voit, de jour en jour, diminuer le nombre des admirateurs de l'ennuyeuse et périodique magnificence de son style.

[149]: Il n'y avoit plus alors qu'un seul évêque appelant, M. de Caylus.

[150]: Il n'y eut jamais d'avidité comparable à celle de cette femme à qui il falloit, avant toutes choses, un contrôleur-général qui fût de son choix, et qui, lui devant tout, ne pût rien lui refuser. Elle avoit aussi tellement asservi Louis XV, que, d'économe qu'il étoit naturellement, elle le jeta, à son égard, dans des excès presque incroyables de prodigalité. Ce fut pour elle que se multiplièrent sans mesure les acquits du comptant, espèce de billets qui, pour être payés, n'avoient besoin que de la signature du roi, sans qu'il fût nécessaire de mentionner le genre de service auquel ils étoient affectés. On pouvoit aller loin avec de semblables opérations financières. Aussi la marquise de Pompadour fut-elle gorgée de richesses; et sans parler des dépenses extravagantes qu'elle faisoit faire journellement pour désennuyer son royal amant, on peut estimer que, pour son propre compte, elle recevoit, chaque année, près de 1,500,000 francs.

[151]: M. Lac......., déjà cité.

[152]: Il est à propos de faire remarquer que, depuis des siècles, tous les biens tombés en main-morte n'avoient été acquis que pour créer ou soutenir des hôpitaux et hôtels-dieu, des séminaires, des écoles de charités et autres établissements de ce genre, qui probablement, pour être utiles à l'Église, n'étoient pas inutiles à l'État, et que les biens à l'usage du clergé ne s'en étoient pas accrus d'une obole, pendant ce long espace de temps. (Voyez les Mém. pour servir à l'hist. ecclés. de dix-huitième siècle, année 1750.)

Le chancelier d'Aguesseau aida, dit-on, le contrôleur-général dans la création et la rédaction de cette loi; et ce fut par cet acte tout parlementaire qu'il termina sa pitoyable carrière ministérielle. Il donna, l'année suivante, sa démission, étant alors âgé de quatre-vingt-deux ans.

[153]: Convoqué six fois depuis dix ans, le clergé avoit donné, dans cet intervalle, soixante millions. (Ibid.)

[154]: «Le curé ne doit point recevoir à la communion pascale ceux qui se seront confessés à d'autres qu'à lui, s'ils n'ont remis entre ses mains une attestation qui fasse foi comme ils se sont confessés à un prêtre approuvé de nous, écrite et signée précisément en la forme qui est ci-dessous (nous supprimons cette formule), pour le moins trois jours avant celui auquel ils veulent communier, afin que le curé, y faisant difficulté, puisse s'éclaircir de la vérité de cette attestation, et si le confesseur qui l'a délivrée est approuvé, etc.» (Instruction de saint Charles-Borromée aux confesseurs, etc., imprimée par ordre de l'Assemblée générale du Clergé de France. Années 1655, 1656 et 1657.—Édit. de 1736.—Paris.)