[204]: «On les entassa au fond de cale des vaisseaux qui les ramenoient du Brésil et des Indes en Europe, souffrant la faim, la soif et la nudité, pour, à leur arrivée en Portugal, les uns être jetés sur les côtes d'Italie, dans les États du pape, comme une vermine pestiférée, et les autres, sans avoir jamais été personnellement accusés et jugés, aller pourrir dans des cachots que l'on avoit infectés à dessein; et le marquis de Pombal, pour assouvir sa vengeance, alloit repaître ses yeux et son odorat de cette infection.» (Mém. de l'abbé Georgel, t. I, p. 51.)
[205]: Ce religieux étoit le P. de Sacy. Madame de Pompadour, malgré toute sa puissance, sentoit que sa position étoit fausse et son existence précaire à la cour: elle voulut être dame du palais de la reine, pour s'y établir d'une manière inébranlable; et ce fut pour y parvenir qu'elle arrangea cette scène d'hypocrisie. Si le P. de Sacy, après lui avoir donné son avis sur le parti qu'elle avoit à prendre, se fût retiré, il est probable que cet événement n'auroit pas eu de suite fâcheuse: elle se seroit contentée d'appeler un autre ecclésiastique. Mais troublé des objections qu'elle lui présenta, et peut-être du dépit qu'elle laissa éclater, lorsqu'il lui eut fait connoître les conditions de sa réconciliation avec l'Église: «Je vais, lui dit-il, retourner à Paris pour consulter nos Pères, et je reviendrai le plus tôt possible vous rapporter leur décision.» Cette décision fut prompte, et les jésuites ne balancèrent pas un moment sur l'application d'un principe dont il n'étoit pas possible de s'écarter sans prévarication. Mais les plus habiles aperçurent, dès lors, l'abîme que leur creusoit la bonhomie du P. de Sacy. En le chargeant de leur réponse, quelles qu'en pussent être les suites, ils lui firent sentir combien il avoit été imprudent d'en appeler au conseil de ses frères sur un point qu'il devoit décider lui-même avec une fermeté évangélique, et sans aucune considération humaine. (Mém. de l'abbé Georgel, t. I, p. 65.)
[206]: Mém. de l'abbé Georgel, t. I, p. 71.
[207]: Le même qui, depuis, vota la mort de Louis XVI dans la convention nationale, et fut assassiné, peu de jours après, par un garde-du-corps, nommé Pâris. C'étoient de pareils hommes qui, entre autres crimes dont ils accusoient les jésuites, leur reprochoient de professer la doctrine du régicide.
[208]: «Les parlements, disoit d'Alembert, croient servir la religion; mais ils servent la raison, sans s'en douter. Ce sont des exécuteurs de la haute justice pour la philosophie dont ils prennent les ordres sans le savoir.» (Lettre à Voltaire, du 4 mai 1762.) «C'est proprement la philosophie qui a détruit les Jésuites, dit-il ailleurs, le jansénisme n'en a été que le solliciteur.» (Voyez sa brochure intitulée: De la Destruction des Jésuites.)
[209]: Le duc de Choiseul.
[210]: Le 17 avril 1761.
[211]: À certaines époques, déjà fort éloignées, où l'on agitoit, dans les écoles, beaucoup plus de questions de morale et de théologie qu'on ne l'a fait depuis, et particulièrement la question si importante des rapports de suprématie et de dépendance qui existent entre les deux puissances, il en sortoit une foule d'opinions plus ou moins hasardées, parmi lesquelles il y en avoit même d'exagérées et de dangereuses. (Celle du régicide, considéré comme justifiable dans certains cas, étoit de ce nombre.) L'Église, attentive à toutes ces controverses, s'en emparoit, les examinoit avec soin, condamnoit ce qui étoit condamnable, fixoit les limites du vrai, dans toutes ces questions; et, sous peine d'anathème, il falloit se soumettre à ses décisions. Il n'étoit pas un seul ordre religieux, pas une seule faculté de théologie, qui n'offrît, et en plus grand nombre que chez les Jésuites, de ces doctrines erronées, que le Saint-Siége avoit réprouvées: on le prouvoit jusqu'à la démonstration. On défioit, en même temps, leurs adversaires de citer un seul Jésuite qui eût enseigné, avec l'autorisation de ses supérieurs, une proposition condamnée par l'Église, c'est-à-dire après que l'Église l'avoit condamnée: il étoit donc d'une absurdité révoltante de s'en prendre, sur ce point, aux seuls jésuites, de faire un crime à la société de n'avoir pas été douée du privilége unique et surnaturel d'être composée de membres incapables de se tromper.
[212]: Le 12 juillet suivant.
[213]: M. de Fitz-James, évêque de Soissons, et janséniste fanatique. Toutefois, dans la lettre qu'il écrivit contre eux, la force de la vérité lui arracha ce témoignage: «Que les mœurs des Jésuites étoient pures, et qu'il leur rendoit volontiers la justice de reconnoître qu'il n'y avoit peut-être point d'ordre dans l'Église dont les religieux fussent plus réguliers et plus austères dans leurs mœurs.» (Voyez les Mém. pour servir à l'Histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle, année 1761.)