[214]: L'abbé Georgel raconte qu'il se trouvoit chez le prince Louis de Rohan, à un dîner auquel avoit été invité M. de La Chalotais, et où se trouvoient réunis, entre autres convives, Buffon, Duclos, d'Alembert et Marmontel. «Quelqu'un, dit-il, voulant faire sa cour à l'auteur présumé du compte rendu à la mode, fit tomber la conversation sur les jésuites. M. de La Chalotais, qui savoit sa diatribe par cœur, en fit fort bien les honneurs..... J'avois fait, pour le prince, quelque temps auparavant, un petit travail qui démontroit à quel point l'ouvrage du magistrat breton avoit tronqué, altéré et falsifié l'Institut. Interpellé par lui et provoqué par M. de La Chalotais lui-même, je me trouvai tout à coup entré en lice avec ce redoutable athlète. Le combat, commencé avec sang-froid et sans fiel, se prolongea avec chaleur d'une manière très pressante..... L'issue n'en fut pas heureuse pour le compte rendu. L'Institut, édition de Prague, et le compte rendu, furent apportés et confrontés: les altérations étoient palpables. L'extrême embarras du procureur général fut remarqué de tous les assistants: il sortit, pour ne point entendre sans doute les réflexions que cette vérification faisoit naître. Le triomphe de l'Institut fut complet; on parut persuadé que M. de La Chalotais n'étoit point l'auteur de son compte rendu.» (Mém., t. I, p. 80.)
[215]: On a conservé les noms de ces artisans de mensonges: c'étoient un conseiller nommé Roussel de Latour, un abbé Goujet, et un sieur Minard. (Mém. pour servir à l'Histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle, année 1762.)
[216]: «Ce qui est révoltant à l'excès, dit un contemporain dont l'écrit, encore manuscrit et rempli des détails les plus curieux sur cette grande affaire, est entre nos mains, c'est d'avoir falsifié la doctrine de ces Pères, pour la rendre odieuse; d'avoir altéré, tronqué, mutilé les textes de leurs auteurs, de manière à leur faire dire précisément le contraire de ce qu'ils disoient, soit pour leur faire combattre la doctrine pure et sainte établie et défendue dans ces textes, soit pour leur faire soutenir et appuyer la doctrine erronée, combattue et réfutée dans ces textes mêmes, calomnies horribles, impostures inimaginables, qu'il faut avoir vues et vérifiées pour les croire, et qui donnent l'idée la plus étrange, non seulement des accusateurs, mais de juges assez dégradés, assez corrompus pour avoir prononcé, d'après de pareils témoins.» C'étoit justement ce livre des Assertions qui excitoit à ce point l'indignation de cet écrivain. Les infâmes qui avoient fabriqué ce tissu de mensonges et d'horreurs furent confondus dans un écrit intitulé: Réponse aux Extraits des Assertions; mais les calomniateurs étoient les plus forts: ils brûloient, et ne répondoient pas.
[217]: Il ne se peut rien imaginer de plus odieux et de plus dérisoire, que de voir cette assemblée de gens de robe, qui supprimoit les brefs du pape, exiloit les évêques, emprisonnoit et bannissoit les prêtres, prendre hypocritement fait et cause pour la puissance spirituelle, à l'égard d'un ordre religieux que le pape déclaroit utile à l'Église, et soutenoit contre les arrêts de ces factieux par de nouveaux brefs qu'ils supprimoient encore; en faveur duquel le corps épiscopal entier élevoit des réclamations qu'ils flétrissoient de condamnations infamantes; et qu'il n'étoit permis à aucun membre du clergé de défendre, sous peine de châtiment.
[218]: «Ce qui fait douter, dit encore un contemporain, que tous les parlements fussent dans le secret, c'est la diversité des suffrages. À Rouen, 20 contre 13; à Rennes, 32 contre 29; à Toulouse, 41 contre 39; à Aix, 24 contre 22; à Bordeaux, 23 contre 18; à Perpignan, 5 contre 4. De sorte qu'en faisant le résumé des opinions, 5 à Rouen, 3 à Rennes, 2 à Toulouse, 2 à Aix, 5 à Bordeaux, 1 à Perpignan; le nombre se réduit à dix-huit. Il se trouve que ce sont dix-huit particuliers qui, malgré l'édit du roi, l'intervention du pape, le suffrage des évêques, le vœu de la nation, détruisent les Jésuites, condamnent un institut religieux, annulent des vœux solennels, disposent de l'enseignement public, et jugent l'affaire du monde la plus importante, qui est le moins de leur compétence, et qui intéresse le plus directement l'autorité de l'Église et le gouvernement du roi.» (Mes Doutes sur l'Affaire présente des Jésuites, brochure de 49 pages, 1762.)
[219]: Les parlements de Douai, de Besançon et d'Alsace. Le conseil provincial de l'Artois se déclara aussi pour les Jésuites; mais il ne put soutenir ses arrêts, qui furent cassés par le parlement de Paris. En Lorraine, ils demeurèrent tranquilles sous la protection du roi Stanislas, et n'en furent expulsés qu'après sa mort.
[220]: Il n'est pas besoin de dire que les autres parlements suivirent leur exemple. Il y en eut même qui firent brûler ces brefs par la main du bourreau. (Mém. pour servir à l'Histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle, année 1764.)
[221]: Cependant tous ne furent pas exilés. À Brest, on condamna un Jésuite à être pendu pour quelques indiscrétions. Semblable arrêt fut rendu à Paris contre un ecclésiastique nommé Ringuet, accusé de s'être émancipé sur les parlements, dans la chaleur de la conversation: il fut pendu le 30 décembre 1762. Depuis, le tribunal révolutionnaire n'a guère mieux fait. (Voyez les Mém. pour servir à l'Histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle, année 1762.) Voltaire et d'Alembert s'égaient sur l'exécution de ce prêtre, dans leur correspondance infernale. La lettre de d'Alembert est du 12 janvier 1763, et la réponse de son patron, du 18 du même mois.
[223]: «Il n'a pas échappé au soupçon, bien ou mal fondé, d'avoir contribué à hâter le trépas de cette maîtresse dont le pouvoir étoit si absolu, et que Louis XV oublia si facilement après l'avoir perdue. (Mém. de l'abbé Georgel, t. I, p. 96.)