Ce ne fut qu'en 1646, et sur la réquisition de M. de Guénégaud, secrétaire d'état, qui en étoit alors propriétaire, que l'abbé et les religieux de Saint-Germain consentirent à transiger pour l'extinction de ce titre de fief. Madame Anne-Marie Martinozzy, veuve d'Armand de Bourbon de Conti, en devint ensuite propriétaire en 1670. Les princes de Conti et de La Roche-sur-Yon l'augmentèrent en 1679, par l'acquisition qu'ils firent du petit hôtel Guénégaud. Enfin, en 1718, madame la princesse de Conti acheta, sur le quai, une maison joignant cet hôtel, et qui porta depuis le nom de petit hôtel de Conti. L'hôtel de Nevers étoit dès-lors connu sous ce nom, qu'il a porté jusqu'à sa destruction. Dans le temps qu'il appartenoit à M. de Guénégaud, il avoit été réparé et embelli, dans toutes ses parties, par François Mansart.
Depuis long-temps, le corps municipal désiroit pour ses assemblées un lieu plus vaste et plus commode que l'ancien hôtel-de-ville: il jeta les yeux sur le terrain qu'occupoit l'hôtel de Conti; et la permission de l'acquérir lui ayant été donnée par Louis XV, un arrêt du conseil, donné en 1750, en fixa le prix à 1,600,000 liv.; mais des obstacles forcèrent de renoncer au projet de bâtir en cet endroit une maison municipale, et l'on y éleva, comme nous l'avons déjà dit, l'hôtel des Monnoies, qui existe aujourd'hui.
Sur les deux vues que nous donnons de l'hôtel de Nesle, celle qui le représente du côté du jardin, copiée d'après une gravure ancienne et de la plus grande rareté, le montre sans doute tel qu'il étoit, après l'acquisition qu'en avoient faite les ducs de Nevers. On y reconnoît en effet le caractère de l'architecture du seizième siècle, et ce dessin donne l'idée d'un immense et somptueux édifice. L'autre vue, plus moderne, offre la porte à laquelle il avoit donné son nom, et la masse extérieure de ses bâtiments; mais il est difficile d'y reconnoître les constructions régulières tracées sur le premier dessin[353].
HÔTEL DE LA REINE MARGUERITE (rue de Seine).
Cette princesse le fit bâtir, sur une portion du petit pré aux clercs, qu'elle avoit acquise, et quitta l'hôtel de Sens pour venir l'habiter. Ceux qui ont pu voir encore cet hôtel, dans le dix-septième siècle, disent qu'il étoit composé de trois corps de logis contigus, de jardins qui s'étendoient jusqu'à la rue des SS. Pères, et de plusieurs allées d'arbres plantés le long de la rivière, qu'on appeloit le cours de la reine Marguerite[354]. Sauval se trompe lorsqu'il avance que «la veuve de Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant, maréchal de France, acheta un hôtel à la rue de Seine, bâti sur les ruines du palais de la reine Marguerite[355]». Les titres démentent cette assertion: 1o l'hôtel dont il s'agit n'ayant été bâti au plus tôt qu'en 1606, ne pouvoit être en ruine, trente-sept ans après sa construction. 2o S'il fut acquis par la veuve du maréchal de Guébriant, ce ne put être avant 1643, puisque le maréchal ne mourut que dans le courant de cette année; mais un rôle de taxes, fait en 1639 et cité par Jaillot[356], marque que les trois corps de logis, formant l'hôtel de la reine Marguerite, appartenoient à madame de Vassan, et qu'ils étoient alors occupés par le président Séguier. Cet hôtel fut acquis en 1718 par MM Gilbert de Voisins.
HÔTEL DE BEAUVAIS (rue de Grenelle).
Cet hôtel, qui, vers la fin du dix-septième siècle, fut changé en maison religieuse[357], est remarquable par deux particularités: l'une, qu'en 1685, il servit de logement au doge et aux quatre sénateurs de Gênes, lorsqu'ils vinrent faire au roi les satisfactions qu'il avoit exigées de leur république; l'autre que, dans la métamorphose qu'il éprouva, la salle de bal fut conservée et changée en église. Après que le monastère des Petites-Cordelières eut été supprimé, on vendit l'emplacement qu'il occupoit à des particuliers, qui y élevèrent de nouveaux bâtiments.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
HÔTEL DE LA ROCHEFOUCAULD (rue de Seine).
Sauval, en parlant de cet hôtel, dit[358] «que Louis III de Bourbon, premier comte de Montpensier, qui devint dauphin d'Auvergne par son mariage, et ses descendants, avoient un hôtel dans cette rue, qu'ils vendirent à Henri de La Tour, duc de Bouillon, maréchal de France, et qui a passé ensuite au duc de Liancourt.» Ceci paroît exact; mais il ajoute que, «tant que ces princes logèrent là, leur hôtel fut appelé l'hôtel Dauphin, qui donna le nom à la rue; et bien que depuis, changeant de maître, il eût été appelé l'hôtel de Bouillon et l'hôtel de Liancourt, la rue s'est toujours appelée et s'appelle encore la rue Dauphine.» Jaillot combat cette seconde partie de son récit, démentie par tous les plans de Paris, dont aucun, depuis quatre siècles, n'offre la rue de Seine sous le nom de rue Dauphine. Les titres ne présentent également rien qui puisse appuyer une semblable assertion.