M. François, duc de La Rochefoucauld, ayant épousé, en 1659, Jeanne-Charlotte du Plessis-Liancourt, fille unique du duc de Liancourt, devint, par ce mariage, propriétaire de l'hôtel dont nous parlons: on lui donna dès-lors le nom de La Rochefoucauld, qu'il n'avoit point cessé de porter jusqu'à ce jour[359].
C'étoit un édifice d'assez belle apparence qui, du côté de la cour, présentoit un carré de bâtiments décoré d'un ordre dorique en pilastres et bizarrement couronné de grandes croisées à la mansarde, avec tout le luxe d'ornement employé dans l'architecture du dix-septième siècle. Mais ce qui méritoit plus d'attention, c'étoit le jardin dessiné, dit-on, dans le siècle dernier, par le peintre Robert, et sans contredit l'un des jardins particuliers les plus agréables et les plus pittoresques qu'il y eût à Paris.
HÔTEL MAZARIN (quai Malaquais).
Cet hôtel appartenoit, dans l'origine, à la princesse de Conti, qui l'échangea pour l'hôtel Guénégaud. Il passa successivement aux ducs de Créqui, de La Trémouille et de Lauzun. On le voit rentrer ensuite dans la maison de Conti, par l'acquisition qu'en fit mademoiselle de La Roche-sur-Yon. Après sa mort, cet édifice fut loué pour les écuries de la dauphine; acquis depuis par le duc de Mazarin, il passa ensuite dans la famille de Juigné, dont il portoit le nom, au commencement de la révolution.
HÔTEL DE BOUILLON (même quai).
Cet hôtel, bâti pour un trésorier de l'épargne, nommé Macé-Bertrand de La Basinière, fut acquis depuis par M. de Bouillon. C'est un bel édifice, dans une très-belle position.
HÔTEL DE SALM (rue de Lille, ci-devant de Bourbon).
Cet hôtel, que l'on cite avec raison au nombre des édifices les plus remarquables de Paris, a plutôt les apparences d'un monument public que d'une habitation construite pour un particulier. Sa porte d'entrée, établie sur la rue, offre la forme d'un arc de triomphe, flanqué de chaque côté par une colonnade d'ordre ionique, laquelle s'appuie à des corps de bâtiments avancés, dont la masse est parallèle à celle de la porte, et qui, par leur attique orné de bas-reliefs, se rattachent à la décoration et au motif de l'ensemble.
La colonnade se réunit, dans l'intérieur de la cour, à celle des ailes ou parties latérales, et forme tout autour un promenoir couvert et continu qui aboutit à un frontispice en colonnes d'ordre corinthien, annonçant le corps de logis principal et donnant entrée au vestibule[360].
La partie que nous venons de décrire, modèle de grâce et d'élégance, est aussi la plus parfaite de l'édifice. Le reste consiste en cours adjacentes et en un corps d'habitation, qui, se prolongeant sur le quai, se termine par une partie demi-circulaire et deux corps de bâtiments continus. On regrette que cette façade ne réponde, ni par sa décoration ni par son élévation, au reste du monument[361].