AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.

Il n'est aucun quartier de Paris qui en contienne un plus grand nombre. La plupart, bâtis dans le dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, sont vastes et magnifiques, mais plus remarquables par la solidité de leur construction, et par cet air de grandeur que présente la masse de leurs bâtiments, que par l'élégance ou la sévérité de leur architecture. La description de ces édifices, qui, généralement n'ont point à l'extérieur un caractère déterminé, et dont la décoration intérieure a subi tant de changements depuis la révolution, deviendroit embarrassante pour nous, et sans doute fastidieuse pour nos lecteurs: nous nous bornerons à en donner une nomenclature la plus exacte possible.

HÔTEL DES MOUSQUETAIRES-GRIS (rue de Beaune).

On sait que la première compagnie de cette troupe fut créée en 1622, par Louis XIII, sous le nom de Grands Mousquetaires du roi pour sa garde. On les logea d'abord chez les habitants du faubourg Saint-Germain, tandis que l'on cherchoit un emplacement pour leur bâtir un hôtel. La halle du Pré-aux-Clercs, plus connue sous le nom de la halle Barbier, parut propre à l'exécution de ce projet: ce ne fut toutefois qu'en 1659 que le roi donna ordre à la ville d'acheter cette halle, qui comprenoit le carré borné par les rues de Beaune, de Bourbon, du Bac, et de Verneuil, ainsi que les vingt-six échoppes ou maisons bâties au pourtour, et d'y faire élever les bâtiments nécessaires. On voit ensuite, par deux arrêts du conseil de 1707 et 1715, que cet édifice, achevé seulement en 1671, commençoit déjà à menacer ruine. Il fut question alors d'en rebâtir un nouveau sur une grande place achetée par le roi, rue de Bourgogne, et sur le quai d'Orsai; mais ce terrain ne se trouvant pas assez spacieux, il fallut renoncer à ce projet, et l'on se contenta de rebâtir à neuf l'ancien hôtel, tel qu'on l'a vu jusqu'au commencement de la révolution[363].

POMPE À FEU.

Cette pompe à feu, établie au Gros-Caillou, sur le bord de l'eau, est composée d'un corps de bâtiments décoré d'arcades, et offre dans sa masse un aspect peu différent de l'édifice du même genre, que nous avons décrit dans le premier volume de cet ouvrage. Elle fournit de l'eau aux Invalides, à l'École militaire, et aux maisons du faubourg Saint-Germain.

GROS-CAILLOU.

À l'extrémité du quartier Saint-Germain et le long de la rivière, est un terrain couvert de maisons et de jardins, que l'on nomme le Gros-Caillou. Piganiol dit[364] «que son nom très-ancien étoit la Longray, et que le moderne vient d'un caillou énorme qui servoit d'enseigne à une maison publique de débauche.» Jaillot[365], qui trouve avec raison cette opinion très singulière, surtout parce qu'elle est avancée sans la moindre preuve, observe que le Gros-Caillou n'occupe qu'une partie du terrain que l'on nommoit effectivement la Longue Raie, il y a trois ou quatre cents ans, parce qu'il s'étendoit depuis la rue de Bourgogne jusqu'à l'endroit où sont aujourd'hui les barrières, formant dans ce long espace une lisière très étroite. À l'égard de l'énorme caillou qui servoit d'enseigne à une maison de débauche, il ne pense pas même qu'une semblable assertion mérite d'être réfutée, et se contente de dire que ce gros caillou étoit une borne naturelle qui servoit à distinguer les limites des seigneuries de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés; ce qui est constaté par un plan manuscrit.

Le terrain du Gros-Caillou s'étant insensiblement couvert de maisons, et l'administration des sacrements y devenant, par la trop grande distance des lieux, également pénible pour le curé de Saint-Sulpice et pour ses paroissiens, on pensa à y faire construire une succursale entre les rues de Grenelle et de Varennes, ce qui fut définitivement arrêté dans une assemblée générale de la paroisse, tenue le 18 août 1652. Mais le terrain destiné à l'exécution de ce projet, et qui appartenoit à la fabrique, ayant été vendu en 1686 par arrêt du conseil, ce n'est qu'en 1735 qu'on put songer à la construction du monument, et qu'on obtint de l'archevêque et de l'abbé de Saint-Germain la permission définitive de faire bâtir une chapelle au Gros-Caillou. Toutefois, les moyens des habitants ne répondant point à leur zèle, ce projet eût encore échoué pour la seconde fois, si le roi ne leur eût permis une quête de trois ans, tant pour la construction de la chapelle que pour l'achat des vases sacrés et les honoraires du desservant. La première pierre en fut posée le 19 mars 1738, et l'Église fut achevée le 11 août suivant. Quoiqu'elle eût été bénite sous le titre de l'Assomption de la Vierge, et que les habitants lui eussent donné celui de Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance, les registres de l'archevêché l'offrent sous la dénomination de Saint-Pierre du Gros-Caillou, succursale de Saint-Sulpice. Au commencement de la révolution on travailloit à la construction d'une Église plus grande, dont M. Chalgrin étoit l'architecte, et qu'on avoit le projet d'ériger en cure[366].