Custines l'entendit avec une fermeté stoïque. Rentré dans sa prison, il écrivit à sa femme la lettre suivante:
«C'en est fait, ma pauvre Delphine, je t'embrasse pour la dernière fois! Je ne puis pas te voir, et si même je le pouvais, je ne le voudrais pas; la séparation serait trop difficile, et ce n'est pas le moment de s'attendrir.
«Que dis-je, s'attendrir? Comment pourrais-je m'en défendre à ton image? Il n'en est qu'un moyen..... Celui de la repousser avec une barbarie déchirante, mais nécessaire.
«Ma réputation sera ce qu'elle doit être; et, pour la vie, c'est chose fragile de sa nature. Des regrets sont les seules affections qui viennent troubler par moment ma tranquillité parfaite. Charge-toi de les exprimer, toi qui connais bien mes sentimens, et détourne ta pensée des plus douloureux de tous, car ils s'adressent à toi.
«Je ne pense avoir jamais fait à dessein du mal à personne. J'ai quelquefois senti le vif désir de faire le bien. Je voudrais en avoir fait davantage; mais je ne sens pas le poids incommode du remords. Pourquoi donc éprouverais-je quelque trouble? Mourir est nécessaire, et tout aussi simple que de naître.
«Ton sort m'afflige. Puisse-t-il s'adoucir! Puisse-t-il même devenir heureux un jour! C'est un de mes vœux les plus chers et les plus vrais.
«Apprends à ton fils à bien connaître son père; que des soins éclairés écartent loin de lui le vice; et, quant au malheur, qu'une âme énergique et pure lui donne la force de le supporter.
«Adieu!..... Je n'érige point en axiômes les espérances de mon imagination et de mon cœur; mais crois que je ne te quitte pas sans espérer de te revoir un jour.
«J'ai pardonné au petit nombre de ceux qui ont paru se réjouir de mon arrêt. Toi, donne une récompense à qui te remettra cette lettre.»