Le lendemain du jour où Custines écrivait ce touchant testament de mort, il marcha au supplice, et le subit en héros, le 4 janvier 1794. Les démarches de ce jeune homme lors du procès de son père, son courage, ses talens, et surtout ses liaisons avec le parti des girondins, lui avaient valu la haine des dominateurs, et notamment de Robespierre, qui l'avait dénoncé à la tribune.
La général Custines ne fut pas le seul des généraux de la république que le tribunal révolutionnaire envoya à l'échafaud. Le 25 novembre 1793, fut condamné le malheureux général Brunet, pour n'avoir pas envoyé une partie de son armée de Nice devant Toulon; et le lendemain 26, la mort fut prononcée contre le victorieux Houchard, pour n'avoir pas compris un plan qui lui avait été tracé, et ne s'être pas rapidement porté sur la chaussée de Furnes, de manière à prendre toute l'armée anglaise. Le général Beysser qui avait puissamment contribué à sauver Nantes, et qui était suspect de fédéralisme, fut considéré comme complice des ultra-révolutionnaires, et sacrifié en avril 1794. Le 5 du même mois, Westermann, autre général de la république, qui avait rendu de grands services à la cause révolutionnaire, et que ses exploits sanglans avaient fait surnommer le Boucher de la Vendée, fut envoyé à l'échafaud par la faction de Robespierre, comme partisan de la faction dite des cordeliers. Déjà au mois de décembre de l'année précédente, le général Biron avait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire; et l'on rapporte qu'en montant à l'échafaud, il dit, en regardant tristement le ciel: «Je meurs puni d'avoir été infidèle à Dieu, à mon ordre et à mon roi.»
MASSACRES DE VERSAILLES.
Les exécutions les plus horribles après celles du 2 septembre, furent celles qui eurent lieu le 9 du même mois à Versailles. L'assemblée législative avait, par une multitude de décrets d'accusation, rempli les prisons d'Orléans d'un grand nombre de personnes, pour de prétendus projets de contre-révolution. Dès les derniers jours du mois d'août, les révolutionnaires avaient pris sur eux d'envoyer chercher ces prisonniers pour les conduire à Paris. D'après les horribles tableaux qui viennent de passer sous les yeux des lecteurs, il est facile de pénétrer leur infernal dessein. Deux cents Marseillais avaient été chargés de cette mission. Arrivés à Longjumeau, ils écrivirent à l'assemblée, pour lui exposer le motif de leur arrivée à Paris.
D'abord l'assemblée défendit à ce détachement d'aller plus loin, et décréta que les prisonniers seraient conduits à Saumur. Par ce décret, elle voulait soustraire ces malheureux à l'autorité cruelle de la Commune de Paris, dont la funeste influence était connue. Au lieu d'obéir au décret, une députation de Marseillais se rendit à l'assemblée et déclara que leur dessein n'était pas d'amener les prisonniers à Paris, mais de les garder à Orléans, parce qu'ils savaient que l'on avait formé le projet de les enlever. L'assemblée obéit aux Marseillais, ou plutôt à la Commune qui les faisait agir; le projet de faire transférer les prisonniers à Saumur fut abandonné; elle adopta le projet proposé par la Commune d'envoyer à Orléans un renfort de douze cents hommes de la garde nationale pour garder les prisons de cette ville. Mais ce renfort, choisi par la Commune, fut composé des plus furieux jacobins que l'on pût trouver dans les rangs de la garde nationale. Les canonniers eurent pour chef le Polonais Lazouski, l'un des vainqueurs du 10 août; et tout le détachement était commandé par Fournier, surnommé l'Américain, le même qui avait tiré un coup de pistolet sur Lafayette, le matin de l'insurrection du Champ-de-Mars.
Arrivés à Orléans, ils éprouvèrent une assez vive opposition de la part de la garde nationale de cette ville; celle-ci ne voulait pas céder son poste aux nouveaux venus. Enfin, pour tout concilier, il fut convenu que les Orléanais consentiraient que les prisonniers fussent conduits à Paris. Aussi, les Parisiens et les Marseillais s'emparèrent des prisonniers, et, après avoir pillé leurs effets, jetèrent ces malheureux pêle-mêle dans de mauvaises charrettes que l'on fit partir sans délai. Parmi ces prisonniers accusés de haute trahison, se trouvaient Brissac, chef de la garde constitutionnelle, licenciée sous la législative; Delessart et d'Abancour, anciens ministres, et plusieurs évêques.
Nous avons dit qu'il s'était formé dans Paris une troupe d'assassins que les massacres des premiers jours du mois avaient familiarisés avec le sang. Le 9, on apprit que les prisonniers d'Orléans devaient arriver le 10 à Versailles. Aussitôt, soit que de nouveaux ordres fussent donnés à la bande des égorgeurs, soit que leur ardeur sanguinaire fût réveillée par la nouvelle de cette arrivée, ils envahirent Versailles du 9 au 10. A l'instant même, le bruit se répandit que de nouveaux massacres allaient être commis. Le maire de Versailles prit toutes les précautions pour prévenir de tels malheurs. Le président du tribunal criminel courut à Paris avertir le ministre Danton du danger qui menaçait les prisonniers; mais il n'obtint qu'une réponse à toutes ses instances: «Ces hommes-là sont bien coupables.—Soit, répliqua le président, mais la loi seule doit en faire justice.—Eh! ne voyez-vous pas, reprit Danton d'une voix terrible, que je vous aurais déjà répondu d'une autre manière si je le pouvais? Que vous importent ces prisonniers? Retournez à vos fonctions, et ne vous occupez plus d'eux.»