On admira aussi le courage résigné de quelques prêtres: on exterminait impitoyablement tous ceux que l'on pouvait saisir. «Si votre devoir est de nous condamner, disait l'un d'eux, obéissez à votre loi; la mienne m'ordonne de mourir et de pardonner à mes ennemis.» «Crois-tu à l'enfer? disait le président au curé d'Amplepuy.—Comment en douter, dit-il, puisque je vous vois?»

L'énergie de toutes ces innombrables victimes de la plus odieuse tyrannie étonnait même ceux qui présidaient aux exécutions. Collot d'Herbois, le plus farouche de tous, se plaignait de ce que les Lyonnais avaient puisé, dans l'habitude des périls, l'indifférence de la vie et même le mépris de la mort.

Les mêmes horreurs, à quelques variantes près, furent exercées à Bordeaux, à Marseille et dans les principales villes de France. A Toulon, lorsque cette place eut été reprise sur les Anglais, le 19 décembre 1793, un grand nombre de citoyens de cette ville furent réunis sur une place, où, d'après des ordres donnés, on tira sur eux à mitraille. Le député Fréron, qui assistait à cette terrible exécution, se promenait froidement sur ce champ de carnage, et, s'étant aperçu que quelques-unes des victimes avaient échappé à la mitraille, il s'écria tout haut: Que ceux qui ne sont pas morts se relèvent, la république leur pardonne. Quelques-uns de ces malheureux se relevèrent en effet, et l'ordre fut sur-le-champ donné de les fusiller.


MISSION DE JOSEPH LEBON,
A ARRAS, SA PATRIE.

Robespierre, dans sa rage révolutionnaire, ne respecta pas même Arras, sa ville natale. Il semble même qu'il voulût la traiter avec une sévérité toute particulière, en y envoyant Joseph Lebon, son compatriote, l'un de ses sectateurs les plus ardens, avec la mission d'extirper toutes les racines de l'aristocratie. Ce Joseph Lebon, ancien membre de la congrégation de l'Oratoire, avait été successivement maire d'Arras, administrateur du Pas-de-Calais, et en dernier lieu, député à la convention nationale.

Joseph Lebon ne tarda pas à se rendre digne de celui qui l'avait choisi. Il couvrit sa patrie de sang et de carnage. Il faisait tout à la fois parade d'apostasie, de libertinage et de cruauté, et se vantait d'avoir acquis une réputation incomparable de scélératesse parmi les commissaires de la convention. Effrayé de la présence des Autrichiens dans les environs du département du Pas-de-Calais, le comité de salut public avait investi ce proconsul de pouvoirs illimités, avec ordre de prendre dans son énergie toutes les mesures commandées par le salut de la république. Ces ordres ne furent que trop fidèlement suivis. De là, tant de spoliations, de meurtres, et d'atrocités de toutes espèces. Nous allons relater quelques-uns de ses crimes, pris entre mille plus épouvantables les uns que les autres.

Un jour, la dame Desvignes et sa fille, étaient assises sur le rempart d'Arras, occupées à lire Clarisse Harlowe. Lebon s'approcha d'elles sans être aperçu, lâcha un coup de pistolet à leurs oreilles, et sans leur donner le temps de revenir de leur frayeur, poussa la fille, la renversa, arracha le livre des mains de la mère, et menaça de l'assommer avec le pommeau de son sabre. Il ordonna ensuite à la jeune personne d'ôter le voile qui couvrait sa gorge, y plongea sa main insolente, et joignant la cruauté à la lubricité, la retira teinte de sang. Puis il enleva à ces femmes leurs boucles d'argent, se fit remettre leur portefeuille, et y ayant trouvé quelques gravures provenant d'un almanach, il prétendit qu'il y reconnaissait des signes de la royauté, et les conduisit lui-même dans une maison d'arrêt. La mère et la fille furent mises en liberté le lendemain; heureusement pour elles que le tyran se souvint qu'il était ivre, lorsqu'il les avait arrêtées.

Lebon fit assassiner le sieur Duvieux-Fort, parce qu'on avait trouvé chez lui un perroquet qui disait: Vive le roi. Lebon fit tenir cette victime sous le tranchant de la guillotine, pendant le temps qu'on lisait la nouvelle d'une victoire à la multitude assemblée. Pour justifier la barbarie de cet acte, il disait qu'il en avait agi ainsi, afin que les ennemis de la république mourussent avec la douleur d'avoir été les témoins de ses triomphes.