Le malheureux juif, qui avait succombé sous les coups de Schwartz-Peter, avait encouru sa haine. Un jour, il revenait d'un baptême, avec plusieurs de ses complices, et traversait le bois de Shon. Depuis le matin, il paraissait fort occupé de la femme de l'un de ses camarades, qui était d'une rare beauté; il parvint à la retenir en arrière et s'assit avec elle au pied d'un arbre; le juif les aperçut et courut en avertir le mari. Celui-ci revint sur ses pas, s'élança sur sa femme comme un furieux, et la poignarda, sans que le Schwartz opposât le moindre obstacle à l'action de ce scélérat. Sa conscience ne lui avait pas permis, disait-il, de défendre une femme contre l'autorité de son mari; mais il avait juré de tuer celui qui l'avait dénoncée.

Schinderhannes, après avoir passé ces premiers temps avec les Peter et les Finck, envisagea le métier qu'il exerçait sous un point de vue plus étendu qu'il ne l'avait fait jusqu'alors; il commença à recruter les brigands avec lesquels il avait déjà lié connaissance, et, depuis 1797 jusqu'en 1801, il exploita avec une audace infinie les lieux dont il avait fait le théâtre de ses crimes.

En juin 1802, quelques jours après son arrestation, il comparut devant le chef du jury de Mayence, et fit l'aveu de tous ses crimes.

Les interrogatoires de Schinderhannes fournirent à la justice les renseignemens les plus étendus; ils firent connaître cinquante-deux crimes capitaux, commis par lui et sa bande, et à l'égard desquels il existait déjà des commencemens d'instruction; alors l'arrestation d'un grand nombre d'individus, plus ou moins compromis, fut ordonnée.

On a vu quels avaient été les commencemens de Schinderhannes; ses propres aveux, qui servirent de base à l'acte d'accusation, vont nous permettre de le suivre dans quelques-unes de ses expéditions.

Au mois de décembre 1799, le sieur Schank, revenant de la foire de Birkenfeld, et s'étant arrêté à la ferme dite de Wickenhof, fut assailli, à un quart de lieue de cette ferme, à huit heures du matin, par trois brigands armés de pistolets et de couteaux, lesquels lui mirent le pistolet sur la gorge, et lui volèrent 280 florins. Le même jour, et presque à la même heure, plusieurs autres individus, au nombre de cinq, furent dévalisés avec les mêmes circonstances. Tous ces vols avaient été exécutés par les compagnons de Schinderhannes.

Un jour, ce chef de bandits sortit avec une partie des siens, avec l'intention de voler le sieur Riegel, demeurant à Otzweiler. Ils arrivèrent, dans la nuit, au moulin d'Antesmühl, et se firent ouvrir la porte d'autorité, demandant impérieusement à souper. Bientôt, non contens d'avoir mangé, ils sommèrent le meûnier de leur donner son argent. Celui-ci ayant répondu qu'il n'en avait pas, ils se livrèrent aux plus grands excès, brisèrent les armoires, pillèrent le linge, les effets; l'un d'eux tira un coup de fusil dans le plafond; mais Schinderhannes les réprimanda, les frappa même, et parvint, non sans peine, à faire sortir ses compagnons, avec lesquels il se dirigea sur Otzweiler.

Ils arrivèrent dans ce village, au nombre de quinze, tous armés de fusils, et marchèrent droit à la maison de Riegel. Schinderhannes frappe à la porte, dont il demande l'ouverture, en disant que, lui et les hommes qui l'accompagnent, cherchent des gens suspects. Le gendre de Riegel se rend à son invitation. Schinderhannes entre avec deux de ses brigands; les autres restent en observation en dehors de la maison. On cherche d'abord à s'assurer des personnes qui s'y trouvent; le gendre de Riegel tente de se sauver; un coup de feu le blesse dangereusement. Les brigands se précipitent alors sur la femme de Riegel, l'accablent de coups, et menacent de la tuer, si elle ne déclare pas à l'instant le lieu où est caché son argent. Pendant ce temps, Riegel essaie de se sauver par une fenêtre; mais à peine l'a-t-il franchie, qu'il reçoit un coup de fusil, et tombe mort sur la place.

Cependant le bruit des armes à feu avait éveillé tout le voisinage; les brigands prirent le parti de la retraite, après avoir blessé à la poitrine une femme qui habitait une maison voisine de celle de Riegel, et qui avait ouvert sa croisée pour voir ce qui se passait.