Après les plaidoiries des défenseurs, le jury de jugement délibéra pendant quatre heures, et déclara à l’unanimité, le 19 novembre 1808, qu’il n’était pas constant que Léonard Goujon eût été étranglé dans sa maison, et, par suite de cette déclaration, les accusés furent acquittés.
FRATRICIDE.
Le 15 mai 1808, Barbe Guilhelme, servante à Chaumont, étant venue voir son amie Élisabeth Olivier, domestique chez Jean-Baptiste Sollier, propriétaire de la même commune, toutes deux causaient paisiblement, lorsque l’une d’elles, saisie d’effroi fit remarquer à sa compagne qu’il découlait du sang du plancher de la grange; elles y montèrent aussitôt avec inquiétude: et à peine eurent elles retiré sept à huit bottes de paille, qu’un bras ensanglanté s’offrit à leurs regards.
A cette vue, la frayeur s’empare d’elles, et les empêche de pousser plus loin leurs recherches. Barbe Guilhelme va en toute hâte informer de cet événement sa maîtresse, qui, à son tour, en fait avertir le maire à l’instant même. Sur cet avis, ce magistrat se rend aussitôt sur les lieux; il découvre le cadavre, et le reconnaît pour celui de François Sollier, fils du maître de la maison. Il le fait garder pendant la nuit; et sur son invitation, le juge de paix de Suze vint le lendemain matin, pour constater le fait.
Le cadavre nu était enfoncé dans la paille. On remarqua à la tête trois grandes blessures qui, d’après l’avis des gens de l’art, étaient le résultat de coups de pierre et de bâton. On s’aperçut aussi que les extrémités des doigts de la main droite étaient ensanglantées; ce qui donna lieu de penser que François Sollier, en se sentant frapper, avait porté la main à sa figure.
Quels pouvaient être les auteurs de ce meurtre? Rien encore, dans ce premier moment, ne pouvait servir à diriger les soupçons. Les personnes de la maison cherchaient à insinuer que ce crime avait été commis par quelque rival, en amour, de François Sollier. On fit même remarquer au juge de paix qu’il était facile de s’introduire du dehors dans la grange par le moyen d’une treille dont les bois paraissaient, en effet, avoir été forcés; mais, bientôt après, des indices frappans réduisirent la justice à la triste nécessité de chercher les coupables parmi les plus proches parens de la victime.
La famille Sollier ne jouissait pas d’une bonne réputation; elle s’était rendue redoutable à tous ses voisins. On savait que la discorde y était permanente. Il s’y élevait fréquemment de violentes contestations d’intérêt; chacun des enfans paraissait craindre que son père ne favorisât les autres à ses dépens; et dans une dispute qui avait éclaté le soir du vendredi 13 mai, François, sans respect pour l’auteur de ses jours, sans égard pour ses cheveux blancs, l’avait jeté à la renverse en gesticulant.
On savait aussi que Joseph-Thomas, l’un des fils du sieur Sollier, était extrêmement irascible et brutal; que, cinq ou six ans auparavant, il avait lancé à la tête de Pierre Bacon, dont il n’avait pu empêcher le mariage avec une de ses sœurs, une pierre du poids de douze livres; que, quelque temps après, il avait tiré un coup de fusil chargé à plomb sur la femme de son frère Jean-Baptiste, sans avoir autre chose à lui reprocher que de s’être permis de cueillir un peu d’herbe dans le jardin de la maison paternelle; enfin, on disait qu’il en voulait à François, parce que la liaison scandaleuse de celui-ci avec une femme de mauvaises mœurs avait été un obstacle au mariage qu’il avait eu, lui, le projet de conclure avec la fille d’un sieur Joannes.