Claude Vuillaume avait eu avec cet homme plusieurs différens. Comme tuteur des mineurs Dally, depuis son mariage avec Madeleine Poirot, il l’avait forcé à rendre une portion de leur héritage qu’il avait envahie. Habémont n’avait échappé à une condamnation juridique qu’en souscrivant une transaction dans laquelle il s’engageait à restituer le fonds et les fruits perçus, et à payer les intérêts.

D’autres querelles avaient été la conséquence de ce premier débat, et Habémont n’avait laissé échapper aucune occasion de faire sentir à Vuillaume son crédit et sa haine. C’était à l’instigation de ce même Habémont qu’avait été rendu, en police correctionnelle, le jugement pour l’exécution duquel Vuillaume s’était constitué prisonnier le 11 février. Cet implacable ennemi avait eu l’adresse de se faire remettre, par l’adjoint de Bagneux, une plainte rendue contre Claude Vuillaume, il y avait plus de deux ans, et à laquelle personne n’avait songé à donner suite.

Aussitôt que la mort de Madeleine Poirot fut connue, on vit Habémont travailler sur-le-champ à satisfaire sa vengeance. Il souleva l’opinion publique contre Vuillaume, trompa l’autorité par de faux rapports, circonvint des témoins, et leur inspira ses fureurs; enfin, il osa déposer lui-même, devant la cour de Nancy, que, suivant le rapport de Madeleine Poirot, Claude Vuillaume devait donner la mort, non-seulement à elle, mais encore à son père, et enfin à Nicolas Habémont lui-même, dont il était l’ennemi capital.

Lequel était le plus digne du dernier supplice, ou de cet adjoint d’un maire, qui, pour assouvir ses passions haineuses, ne craignait pas de faire mourir son semblable par la main infamante du bourreau, et qui, pour parvenir à ses exécrables fins, employait sans remords la calomnie et le faux témoignage; ou bien de ce jeune homme à qui l’on ne pouvait reprocher que sa légèreté et un mariage mal assorti, torts graves sans doute, surtout par leurs conséquences, mais qui n’ont jamais été justiciables de l’échafaud? Il n’y a pas à hésiter entre l’étourderie et la perversité.


ASSASSIN
TOMBÉ EN DÉMENCE APRÈS SON CRIME.


La démence, qu’il ne faut pas confondre avec cette monomanie si fréquemment alléguée par les avocats dans l’intérêt de la défense, a soustrait plus d’un coupable à la vindicte des lois, et ici l’impunité doit nous sembler un acte de justice. L’humanité défend de juger un homme qui, privé de sa raison, se trouve ainsi dans l’impuissance de produire ses moyens de justification. Mue par un sentiment généreux, la société ne peut se résoudre à sévir contre un ennemi sans défense: aussi, toutes les fois que des accès de folie se sont manifestés pendant l’instruction de la procédure ou après la condamnation du prévenu, on a cru devoir surseoir aux poursuites ou à l’exécution.

Jean Marcheix, cultivateur au village de Chavaigne, commune d’Aureil, canton de Saint-Léonard, nourrissait des sentimens de haine et de vengeance contre Nicolas Bonpeix, son beau-frère, par suite d’une contestation judiciaire qu’ils avaient eue ensemble depuis plusieurs années.

Dans la nuit du 25 au 26 juin 1809, Marcheix, pour satisfaire l’animosité qui le dominait, forma le projet d’assassiner Bonpeix, et, soit qu’il fût déjà en démence, soit dans l’espoir d’échapper plus aisément aux poursuites, il passa une chemise par-dessus son habit, et se couvrit la tête d’une étoffe noire à laquelle il pratiqua des ouvertures comme à un masque, pour respirer et pour voir.