LE FAUX AUGUSTE VOYNEAU,
OU LES PÈRE ET MÈRE INJUSTEMENT ACCUSÉS DE DÉSAVOUER LEUR ENFANT.


L’asile le plus sûr est le sein d’une mère.

Tel est le cri de la nature, exprimé par l’un de nos plus aimables auteurs, et confirmé par l’histoire du cœur humain, dans tous les temps, dans tous les pays, sous toutes les formes de gouvernement. Comment se fait-il cependant qu’il y ait, parfois, des mères assez barbares pour repousser de leur sein ceux à qui elles ont donné le jour? Quelle passion, quel intérêt peuvent avoir assez de puissance pour éteindre dans un cœur de femme le sentiment si vif, si plein de charmes ineffables, si passionné lui-même, qui est le plus précieux apanage de la maternité? Déjà, toutes les femmes, et principalement toutes les mères qui ont lu les premiers volumes de notre recueil, ont vu avec une louable indignation, mêlée d’incrédulité, l’histoire de l’intéressante Marie Cognot, repoussée du sein de sa mère par de vils motifs d’intérêt. En lisant le fait que nous allons rapporter, elles ne seront pas moins indignées de l’odieuse imposture qui osait affirmer et prétendait prouver que des parens, qu’une mère surtout, méconnaissaient sciemment un enfant qui, disait-on, n’avait trouvé que des ennemis implacables dans ceux-là même qui étaient appelés à le chérir et à le protéger. Pour refuser de croire à des phénomènes aussi anti-naturels, il ne faut que se rappeler la courageuse et infatigable tendresse de la marquise de Saint-Géran, réclamant devant les tribunaux le fils qu’une intrigue horrible lui avait enlevé, et menaçant les juges d’épouser le jeune homme dont elle se disait justement la mère, s’ils se refusaient encore à le reconnaître pour son fils! On peut se rappeler également l’héroïsme d’amour maternel que manifestèrent, dans leurs touchans débats, la femme Noiseu et la veuve Labri, se disputant, comme un précieux trésor, un enfant que toutes deux réclamaient avec un acharnement également digne d’admiration! De tels exemples protestent hautement contre les accusateurs de la mère du prétendu Auguste Voyneau, et doivent élever de puissantes présomptions contre leur trame calomnieuse.

Le 9 novembre 1789, la dame Voyneau donna le jour à un fils, qui reçut les noms de Louis-René-Auguste. Elle avait déjà une fille, nommée Benjamine, sur laquelle s’était concentrée toute son affection. La calomnie prétendit que, par un de ces travers inexplicables qui se voient assez communément, ce fils avait été, avant sa naissance, l’objet des malédictions de sa mère. Elle avait même dit, ajoutait-on, qu’elle ne pourrait jamais aimer ce second enfant, s’il était du sexe masculin, parce qu’il dépouillerait sa fille bien-aimée d’une trop grande partie de sa fortune. Ces propos d’ailleurs ne pouvaient être prouvés.

Auguste était âgé de deux ans, lorsqu’il fut conduit, avec sa sœur, à Fontenay-le-Comte, chez les dames Voyneau, leurs tantes. Là, il fit une chûte qui lui laissa une cicatrice au front.

Au mois de mars 1793, la Vendée étant devenue le théâtre d’une horrible guerre civile, les dames Voyneau conçurent des inquiétudes sur le sort de ces deux enfans, et, dans l’espoir de mettre plus sûrement leur vie à l’abri de tout danger, elles les firent habiller en paysans, et les confièrent aux soins d’une fermière, nommée Pellegrin, qui demeurait sur la route de Fontenay à Fougères.

Ils y restèrent cinq mois. La dame Voyneau les retira au mois de juillet 1793, et les emmena avec elle à Roche-sur-Yon; mais au bout d’un mois, les troubles de la guerre la mirent dans la nécessité d’abandonner cette retraite.

Après le passage de la Loire par les insurgés, la dame Voyneau reparut avec sa fille, sans que l’on sût ce qu’était devenu son fils, qu’elle avait emmené cependant avec elle. On rapportait à ce sujet qu’Auguste avait été laissé entre les mains d’une fille nommée Rose Seguin, ancienne femme de chambre de sa mère, et que tous les deux avaient été égorgés, le 27 février 1794, à la Fauconnière. Il était constant en effet, que ce jour-là, ce village avait été pillé, incendié, ravagé; que tous les habitans en avaient été massacrés. Mais rien d’abord n’attestait positivement qu’Auguste eût été du nombre des victimes.

Cependant, des commissaires aux subsistances de la ville de Nantes, en parcourant la Vendée avec une escorte, avaient trouvé à Sainte-Pezanne trois enfans respirant encore au milieu des cadavres sanglans et des décombres enflammés. Touchés de pitié à la vue de ces trois intéressantes créatures, les commissaires les avaient fait mettre sur un chariot, et conduire à Nantes. La dame Clavier, qui les vit arriver, tendrement émue de leur sort, en prit un avec elle, et lui prodigua tous les soins d’une mère.