«Plutôt mille mort que de vivre sans honneur; et ma seule arrestation est une tache qui ne s’effacera jamais.
«C’est par toi, c’est pour toi, que je suis ici, mon Adèle; mais je te pardonne de bon cœur: car, au moment de l’événement affreux qui nous a séparés pour jamais, j’avais déjà pris mon parti, et j’étais décidé à ne pas survivre à ta perte. L’espoir seul de t’être encore utile, d’intéresser quelques amis à ton sort, de te procurer quelques secours indispensables dans ta position affreuse, m’a retenu quelques heures de plus à la vie. Tu as dû recevoir de l’argent et des effets qui te prouvent ce que j’avance.»
Voici ce que Levaillant adressait au préfet de police: «Que va-t-on conclure de ma mort? tout ce qu’on voudra. Qu’on me croie coupable et me condamne comme tel, si cela peut être utile à quelqu’un, surtout à la malheureuse Adèle.
«C’est à genoux que j’écris ces deux lignes.
«Je prie en grâce M. le préfet d’avoir pitié d’une malheureuse créature égarée, sans doute, par la démence.
«Je lui ai toujours connu malgré son caractère violent et emporté, un excellent cœur; je prie M. le préfet de penser à deux familles respectables.
«Je parle de celle de mon père qui a huit enfans encore, et de celle de madame Chénié.
«Cette dernière, avec un peu d’humanité, de cordialité, de générosité, nous aurait épargné bien des maux, et se serait fait adorer, à bien peu de frais, de la malheureuse femme égarée qui l’a si cruellement outragée.»
Dans l’article destiné à la fille Magnien et à Adolphe, il souhaite que leur prochaine union soit heureuse. «Mais j’en doute, ajoute-t-il, elle est formée sous de trop funestes auspices....... Si vous m’eussiez averti, dès le principe, vous eussiez évité de grands malheurs, et n’auriez pas fait des malheureux de ceux qui ne vous avaient, du moins jusqu’ici, jamais fait que du bien.»
Venaient ensuite un article pour M. Chénié, un autre pour madame Chénié, un troisième pour la mère de sa femme, tous trois pleins de sens, de sentimens honnêtes et louables, de reproches respectueux et mérités, et surtout empreints d’une résignation mélancolique et vraiment touchante. Il est impossible d’être plus doux envers la mort.