Le dernier article était réservé à sa femme. Il était ainsi conçu: «Ma première pensée fut pour mon Adèle, et la dernière est encore pour elle. Je lui dis mon dernier adieu. Elle est là, tout près de moi, couchée sans doute; elle ne sait pas que je suis si près d’elle. Affreux verroux! sans eux, j’aurais été imprimer un dernier baiser sur ses lèvres.

«Jamais femme ne fut aimée comme toi. Je devais être plus heureux. Je ne vivais, je ne respirais que pour toi; c’est pour toi que je meurs!..... Mon avant-dernière prière à la Divinité est pour moi, la dernière est pour toi, ainsi que ma dernière pensée.

«Si les dernières volontés d’un malheureux, qui sont respectées partout, sont comptées pour quelque chose dans cet asile de douleurs et de larmes, on transmettra à chaque personne que cet écrit concerne ce qui lui est relatif.

«Minuit sonne..... Adieu, mon Adèle. Si je m’en souviens bien, ton nom est au coin du mouchoir de batiste qui..... mais ne t’afflige pas; adieu.....»

En marge on lisait: «Dans le fond de mon âme, je me crois encore digne de la décoration dont je fus honoré. On la trouvera sur mon cœur après mon dernier soupir. J’ai toujours été faible, mais jamais criminel. Dieu, devant qui je vais paraître, sera mon juge, et je ne crains point sa sévérité.

Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.»

Et plus bas:

«Quand je l’aurais vu de mes deux yeux, je ne pourrais encore croire au tissu d’horreurs qu’on m’a débité. La chose pourtant existe, peut-être; mais on n’en connaît pas, j’en suis sûr, les ramifications. Je supplie encore M. le préfet de se faire bien instruire de toutes les moindres particularités qui peuvent y être relatives, de ne rien négliger pour y parvenir, et peut-être découvrira-t-il des choses qui le ramèneront à l’indulgence naturelle qu’on dit être la base de son caractère humain, généreux et bienfaisant.»

Dès que la femme Levaillant fut instruite de la mort tragique de son mari, comme si elle eût voulu prendre à tâche de se montrer indigne des sentimens tendres, passionnés et remplis de sollicitude dont il venait de lui adresser la dernière expression, elle chercha à échapper au châtiment dont elle se voyait menacée, en faisant décidément retomber sur lui tout le poids de l’accusation dirigée contre elle. Mais ce nouveau système de défense se trouvait détruit à l’avance par une lettre qu’elle avait écrite à Levaillant, le lendemain du jour où elle avait été arrêtée, et dans laquelle, pour se justifier aux yeux de son mari, elle s’efforçait de lui persuader que c’était Adolphe qui avait tout fait.

Le sieur Brutinel, père de la principale accusée, fut arrêté et mis en accusation comme complice de sa fille, quoiqu’il affirmât ne lui avoir point envoyé de poison.