Après les débats, qui furent animés et intéressans, et où les défenseurs des accusés firent de généreux efforts pour sauver leurs cliens, les jurés, après avoir délibéré, déclarèrent à l’unanimité que la femme Levaillant n’était pas coupable d’avoir tenté un empoisonnement sur la fille Magnien; qu’elle était coupable d’avoir commis volontairement une tentative d’homicide par poison sur la personne des sieur et dame Chénié; que cette tentative avait été manifestée par des actes extérieurs, mais qu’elle n’avait pas été suivie d’un commencement d’exécution; qu’elle n’avait pas été suspendue par des circonstances fortuites, indépendantes de la volonté de la femme Levaillant; que le sieur Brutinel n’était pas coupable de s’être rendu complice de la tentative d’empoisonnement sur les sieur et dame Chénié, en procurant à sa fille sciemment et dans le dessein de nuire, le poison destiné à commettre ce double homicide.
En conséquence de cette déclaration, la cour acquitta les deux prévenus.
Mais le président, avant de prononcer l’ordonnance d’absolution, adressa à la femme Levaillant les paroles suivantes:
«Le jury vous déclare coupable de la tentative d’un crime horrible. Si cette tentative n’est pas suffisamment caractérisée, vous le devez à la fortune. La cour ne peut prononcer contre vous aucune peine; je suis forcé de vous acquitter. Je vous livre à vos remords, si vous êtes capable d’en éprouver; puissent-ils vous inspirer la vertu, dont vous vous êtes si criminellement écartée!»
Telle fut l’issue de ce procès fameux qui occupa long-temps l’attention du public. Cependant il est vrai de le dire, tout le monde en avait parlé, sans en connaître les circonstances principales, qui présentent, comme on l’a vu, un épouvantable, un affligeant tableau: une procédure criminelle, dirigée par la propre famille de la prévenue; les manœuvres perfides de quelques méprisables valets; enfin l’emploi de moyens peu délicats pour constater le crime. Une seule pensée offre quelque chose de consolant: au milieu de machinations aussi perverses, combinées avec tant de sang-froid, et encouragées par des subalternes aussi infâmes, c’est qu’il ne fut pas prouvé que l’inexécution du crime ne pouvait qu’être attribuée au repentir. Il est bien certain que la femme Levaillant témoigna plusieurs fois, après la remise du poison, le désir de revoir Adolphe, et que celui-ci affecta de l’éviter. Cette considération, qui dicta l’opinion du jury, suffit pour qu’il soit permis de penser que la haine et le désir du crime avaient déjà fait place au repentir.
LES ASSASSINS
DU SIEUR COTTENTIN.
Le 28 mars 1810, deux particuliers passant, entre six et sept heures du matin, dans la rue des Moulins, à Paris, aperçurent un panier propre à contenir du vin; ils s’en approchèrent, le soulevèrent, et, remarquant qu’il en découlait du sang, ils s’empressèrent d’aller instruire de cette découverte le commissaire du quartier.
Ce magistrat s’étant transporté sur les lieux, on fit l’ouverture du panier, qui était attaché avec une corde ensanglantée, et on y trouva le cadavre d’un homme bien vêtu, ainsi qu’un chapeau dans l’intérieur duquel était écrit le nom de Cottentin. Des officiers de santé, mandés sur-le-champ, constatèrent que le cadavre avait, autour du cou, une forte pression, et une contusion au côté droit de la tête. Ils conclurent de là que l’homme assassiné avait été frappé avec un instrument contondant, et qu’ensuite il avait été étranglé, à l’aide d’une corde semblable à celle qui avait servi à lier le panier.