Traduit, pour ce crime, devant la cour d’Agen, lorsque l’accusé parut devant ses juges, il chercha, comme il l’avait fait chez le juge instructeur, à se disculper par des mensonges. Il avait laissé croître sa barbe, et portait une espèce de soutane avec un manteau de voyage. Il scandalisa l’auditoire, par son costume, par ses gestes extravagans, dont tout annonçait qu’il avait fait une étude, afin de faire croire qu’il était atteint de démence, et surtout par son obstination à refuser les éclaircissemens qu’on lui demandait sur son origine.
Par arrêt de la cour spéciale d’Agen, en date du mois de mars 1811, le frère Antoine fut condamné à six années de fers.
MEURTRE
DU PRÊTRE JEAN FABIANI,
DANS L’ILE DE CORSE.
ACCUSÉS D’ABORD CONDAMNÉS, ENSUITE RECONNUS INNOCENS ET ACQUITTÉS.
La position géographique de la Corse, ses montagnes couvertes de forêts, son affinité avec certains peuples de l’Italie, en isolant les habitans de cette île au milieu de la civilisation européenne, leur ont conservé jusqu’ici un caractère original avec des mœurs qui tiennent encore des tristes époques de la barbarie. Là, quand une fois la division éclate entre plusieurs familles ou même au sein d’une seule, on ne connaît plus d’autres lois que celle de la vengeance, d’autre médiateur que l’assassinat. Une haine toujours vivace, toujours héréditaire, sépare pour jamais ces individus, qui, marchant sans cesse armés d’un fusil, se trouvent tout préparés pour tirer sur l’ennemi que l’occasion leur amène. Cette disposition constante à en appeler de leurs débats au jugement des armes, a donné lieu, dans tous les temps, à une multitude effrayante de crimes; et, malgré les efforts des gouvernemens pour établir chez les Corses l’empire des lois, ces scènes de carnage et de meurtres se sont encore renouvelées plusieurs fois dans ces dernières années, ainsi que nos lecteurs auront déjà pu le voir dans la Gazette des Tribunaux.
Ces réflexions sont, pour ainsi dire, le récitatif obligé du fait que nous allons rapporter.
Le sieur Jean Fabiani, prêtre, domicilié à Aregno, dépendant alors du département du Golo, était âgé de soixante-dix-huit ans. Il avait eu autrefois des discussions d’intérêt avec Dominico Fabiani, son cousin-germain; mais une transaction, conclue en 1792, avait mis fin à ces débats.
Plus de quinze ans après, une clause de cet acte fit naître une légère difficulté. Il s’agissait de savoir de quelle manière devait être payé le fermage d’un fonds de terre dont l’usufruit avait été laissé à titre de bail à Dominico, par cette même transaction de 1792. Ce fermage ne s’élevait pas à quarante francs.
Dominico Fabiani, mort depuis cette convention, avait laissé deux fils, Joseph et Guerino. La nouvelle contestation avait donc lieu entre eux et Jean Fabiani. Les parties convinrent de transiger, sous la médiation du sieur Delarosa, juge de paix du canton d’Aregno, et du sieur Moretti de Lambio, oncle maternel des deux frères Joseph et Guerino. La maison du sieur Delarosa était le lieu où l’on devait se réunir le 15 du mois de mai 1810.