Ces deux misérables, en montant sur l’échafaud, offrirent un nouvel exemple des lamentables suites de la débauche et du libertinage; tant il est vrai que, lorsqu’on en est venu à briser un des anneaux de la chaîne sociale, il est quelquefois bien difficile de ne pas chercher à briser les autres. Souvent la coquetterie ou l’amour du plaisir signale le début; l’adultère suit de près; l’adultère, qui entraîne après lui l’oubli de tous les devoirs; l’adultère, enfin, qui sait manier le couteau ou préparer le poison, quand il s’agit de s’affranchir de l’odieuse présence d’un mari outragé, ou de prévenir une vengeance trop bien méritée.

Le forfait dont la femme Ferret fut l’instigatrice doit aussi ouvrir les yeux sur le danger des unions mal assorties, surtout sous le rapport de l’âge.


VOL ET MEURTRE,
COMMIS PAR UNE FILLE DE TREIZE ANS, SUR AUTRE PETITE FILLE AGÉE DE CINQ ANS.


Il est des êtres tristement privilégiés, qui semblent apporter, en naissant, le crime tout développé. Ordinairement c’est par de lentes et insensibles gradations que le cœur de l’homme se déprave et finit par se blaser sur toute espèce de mal à faire ou d’attentat à commettre. Dans ce cas, si l’on rencontre, dès les premières fautes, un ami sage et zélé, qui se hâte de montrer avec effroi l’abîme vers lequel on se précipite, alors, il en est temps encore; avec de bons conseils et une ferme volonté de vertu, non seulement on peut s’arrêter au milieu de cette pente entraînante et perfide, mais encore il est possible de rétrograder, et de rentrer dans les limites du bien. Au moins, le mal n’est pas toujours irrémédiable; sans quoi, le moraliste ne pourrait jeter que des regards de désespoir sur la malheureuse humanité. En effet, tous les raisonnemens sont confondus, toute la sagesse de l’homme se trouve en défaut, quand il se présente quelques-uns de ces monstres chez qui le crime n’attend pas le nombre des années, qui en parcourent toutes les périodes avec une rapidité effrayante, et arrivent au forfait le plus exécrable avant même d’être sortis de la folâtre enfance, et avec le sang-froid de la scélératesse la plus consommée. Ainsi l’on voit quelquefois des maladies aiguës saisir, torturer, faire succomber la personne la mieux organisée, avant même qu’on ait pu appeler le médecin pour la secourir. De tels symptômes, quelque tendre que soit l’âge des criminels, ne laissent aucune espérance de guérison; alors le devoir de la justice n’est pas douteux; elle doit sévir; sa tâche est de retrancher du corps social tout membre gangréné, dont une plus longue conservation mettrait tout le reste en péril.

Rose Buisson, le triste sujet de cet article, était née sous de fâcheux auspices. Ses parens, que l’on ne connaissait point, l’abandonnèrent de bonne heure à la pitié publique. Elle paraissait avoir environ quatre ans, lorsqu’elle fut amenée dans la commune de Saint-Maurice-sur-Aveyron, arrondissement de Montargis, par des mendians, qui ne fournirent que des notions très-vagues sur sa naissance. Cette malheureuse créature, recueillie par des habitans de cette commune qui étaient fort pauvres eux-mêmes, ne put recevoir qu’une éducation très-grossière. On l’employait aux travaux des champs.

Ainsi livrée à son mauvais naturel, Rose Buisson ne tarda pas à manifester des inclinations vicieuses, que des corrections fréquentes et sévères ne purent réprimer. Le vol était devenu son habitude journalière; et son audace croissait chaque jour avec l’impunité.

Enfin, le 25 avril 1812, la cupidité la poussa à commettre le forfait qui la fit traduire devant la justice. Elle était alors dans sa treizième année.

Elle était occupée à faire de l’herbe auprès d’une mare assez considérable, lorsqu’elle vit venir une petite fille, nommée Anne Pogé, dont les parens habitaient la commune de Saint-Maurice. Cette enfant, âgée de cinq ans, allait, avec son âne, rejoindre son père et sa mère, qui travaillaient à une assez grande distance. Elle était vêtue fort simplement, comme le sont les enfans de journaliers peu fortunés. Cependant ses vêtemens tentèrent la cupidité de Rose Buisson, et lui inspirèrent l’idée d’un crime horrible.