Elle s’approche donc de la petite Marie-Anne, et, la voyant isolée de tout secours, elle lui demande son fichu et sa jupe; l’enfant les lui refuse; Rose Buisson s’en empare de vive force; l’enfant se met à pleurer et menace d’appeler son papa; alors Rose Buisson la prend à bras-le-corps et la précipite dans la mare. Quelques minutes après cet attentat, un jeune frère de la petite Pogé, âgé de dix ans, vient auprès de Rose Buisson et lui demande si elle n’a pas vu sa petite sœur. «Oui, répond-t-elle, elle s’est enfoncée dans le bois où elle cherche son âne. Et, en parlant ainsi, la misérable était assise sur les habits dont elle venait de dépouiller sa victime.

Le jeune Pogé, sur cette indication, court dans le bois, et ne trouvant point sa sœur, revient à la mare. Rose Buisson n’y était plus: mais il aperçoit sur l’eau le cadavre flottant de sa petite sœur. Cette vue le remplit d’effroi; il court en avertir son père, qui arrive à l’instant sur cette scène de douleur. Il retire de l’eau, en versant des torrens de larmes, le corps de sa malheureuse enfant, qu’il trouva, disait-il dans sa déposition, le visage tourné vers le ciel, et qu’il rapporta chez lui où la désolation de toute sa famille fut à son comble.

Cependant Rose Buisson était revenue dans son domicile et avait caché sous un tas de paille le bonnet et le jupon qui faisaient partie du vol; mais on la trouva saisie du fichu, et cet indice ne laissa plus de doute sur le reste.

Le cadavre de Marie-Anne Pogé, examiné par un officier de santé, présenta non-seulement tous les signes de la submersion, mais encore des meurtrissures sur plusieurs parties du corps, ce qui attestait la violence dont on avait usé pour précipiter l’enfant dans l’eau.

Rose Buisson nia d’abord effrontément le double crime dont toutes les circonstances faisaient peser la prévention sur elle. Mais à la fin, vaincue soit par ses remords, soit par les menaces qu’on lui faisait, elle consentit à faire des aveux, et sa culpabilité parut dans toute son affreuse évidence.

Elle fut traduite devant la cour d’assises d’Orléans, le 7 juillet 1812. La seule question à résoudre était celle du discernement de l’accusée. Le jury la résolut affirmativement, à l’unanimité, et par suite de cette décision, Rose Buisson fut condamnée à un emprisonnement de vingt ans dans une maison de correction, à une surveillance de dix autres années et à un cautionnement fixé à la somme de trois cents francs.


LOUIS LOMONT,
ASSASSIN DE SA BELLE-MÈRE.


Une vie dont les plus jeunes ans ont été flétris par le crime du vol, et qui ensuite, faute d’un amendement sincère, se continue au milieu d’infidélités et de rapines de tous genres, doit, presque à coup sûr, avoir un triste dénouement; le bagne ou l’échafaud, tel doit être son dernier théâtre. L’histoire des grands scélérats est là pour prouver cette vérité.