R. Je n'étais pas réglé pour sortir; je suis sorti vers trois heures et demie.
D. Répétez de vous-même, comme vous l'avez fait dans l'instruction, ce que vous avez fait le même jour, à quatre heures du soir.
R. J'étais allé pour cueillir des pommes: j'ai aperçu, au bout du bois, une petite fille qui était assise. Il m'a pris idée de l'enlever; je lui ai passé mon mouchoir autour du cou et l'ai chargée sur mon dos. La petite fille n'a jeté qu'un petit cri. J'ai marché à travers le bois, et me suis trouvé mal de faim, de soif et de chaleur. Je suis resté peut-être une demi-heure comme ça sans connaissance. La soif et la faim m'ayant pris trop fort, je me suis mis à la dévorer.....
D. Dans quel état se trouvait alors la jeune fille?
R. Sans mouvement: elle était morte. Je n'ai essayé que d'en manger, et voilà tout.
D. Dites toute la vérité, comme vous l'avez fait dans l'instruction; ce qui vous a soulagé, ainsi que vous l'avez observé vous-même.
L'accusé se renferma dans une dénégation absolue sur tout ce qui avait rapport au viol. Le président de la Cour donna lecture des réponses précédentes de Léger; elles firent frémir. L'accusé était convenu qu'ayant ouvert le corps de l'infortunée créature, et voyant sortir le sang en abondance, il y désaltéra sa soif exécrable, «et poussé, dit-il, par le malin esprit qui me dominait, j'allai jusqu'à lui sucer le cœur...»
L'Accusé: Je n'ai rien dit de tout cela à messieurs les juges, qui ont écrit ce qu'ils ont voulu.
A d'autres questions, Léger répondit avec un inconcevable sang-froid: Je n'y ai pas fait attention..... D'ailleurs, je suis tombé en faiblesse, et me suis trouvé mal..... Je n'ai fait tout cela, dit-il plus loin, que pour avoir du sang..... Je voulais boire du sang..... J'étais tourmenté de la soif; je n'étais plus maître de moi.
D. N'avez-vous pas détaché avec votre couteau le cœur de votre victime?