LXXI
Sans doute, l’ami que je vous ai cité, madame, pensait ainsi sur le néant de ces bijoux que l’amour quelquefois échange et sur lesquels il pleure l’absence, quand il n’a pas le triste courage de les briser. L’image sacrée reposait dans sa poitrine, et non dessus... au bout d’un ruban qui s’usait. Seulement, par je ne sais quelle tendre inconséquence encore, il avait peint lui-même un trait, un seul trait de sa maîtresse, et du moins il y avait dans cette idée tout un divin mystère de l’âme qui faisait pardonner l’exigence des sens abusés.
LXXII
C’était un œil,—gauche ou droit, je ne saurais le dire,—mais c’était un œil bleu pâle comme de la violette de Parme, et lumineux comme de la rosée; étincelant et mélancolique comme une étoile, mais, comme celle d’Hespérus, dans un ciel où elle est seule encore! Astre doux et bon qui se laissait regarder dans l’auréole de ses cils d’or sans vous en punir par une larme, soleil d’avril qui semblait sortir d’un horizon de tempêtes; car le contour de cet œil si frais et si pur était plongé dans une sombre nuit.
LXXIII
Et je comprends cette fantaisie!—Pascal,—ce loup-cervier du jansénisme, qui mit à sang toutes les pensées humaines dans le crin de son cilice,—Pascal ne demande-t-il pas quelque part si c’est le nez ou les oreilles que nous aimons dans la femme aimée?... Aimer l’œil de sa maîtresse, c’est aimer la pensée elle-même,—une pensée épanouie en une fleur charmante et éclairée d’un jour divin,—une pensée qui languit ou sourit, mais toujours attire,—et nous repousse aussi parfois.