CXXXVII

Mais Roméo. Était-ce ton Roméo, ô mon grand Shakespeare! ou en était-ce une parodie cruelle? Ah! le beau Montaigu, c’était vous, M. Baudouin d’Artinel. Je vous reconnus fort bien avec votre dos un peu arrondi;—mais Platon avait les épaules hautes, et qui n’est pas, d’ailleurs, un peu bossu?... En montant la poétique échelle de soie verte, vous étiez précieux d’élégance, de souplesse, d’agilité, de grâce! Que votre gravité vous allait bien, ainsi perché dans les airs! Ah! pauvres mortels que nous sommes, ayons donc cinquante ans passés et allons juger, après cela!


CXXXVIII

Et il arriva au balcon sans encombre.—Or,—je dois l’avouer ici, madame,—je n’entendis et je ne vis rien de ce qui dut suivre.—La porte vitrée se referma sur l’heureux couple... et la lune alla toujours son train dans le ciel tranquille. Elle ne rougit pas, cette lune impudente, et moi, qui m’étais arrêté pour regarder cette scène singulière, je fis comme elle, j’allai me coucher.


CXXXIX

Le reste... est un impénétrable mystère scellé des sept sceaux de l’Éternel. Mon histoire pourrait, madame, finir à cette porte vitrée; elle y gagnerait un vague poétique qui lui siérait, une immatérielle auréole!—Mais je déteste les poètes, et leurs mensonges et leurs réticences. Je les hais pour bien des raisons... mais surtout parce qu’ils nous gâtent la vie de telle sorte qu’elle ne ressemble plus, pour nous, qu’à une courtisane, quand notre premier amour s’est envolé.