CXL
Je ne finirai donc point mon histoire en poète. Non! madame, mais je vous ferai boire plutôt le calice de la réalité jusqu’à la lie. La lie, madame, fut le mariage de M. d’Artinel et de Joséphine, qui eut lieu, peu de jours après, à l’Assomption. Nous l’y vîmes jouant, sous son voile de mariée, la pudeur heureuse, et devenant madame d’Artinel. Ce fut un fort joli spectacle. Sans doute elle avait fait comprendre à l’honorable et délicat M. Baudouin d’Artinel qu’il fallait une réparation éclatante, officielle, au tort qu’un entraînement de cœur et une scène de balcon espagnole avaient causé à sa réputation, ce bien qu’elle préférait à tout, après lui, toutefois.
CXLI
Et cela, dit d’une voix pleine de larmes, d’une voix de première représentation, n’avait pas manqué d’émotionner l’âme du sensible conseiller... D’ailleurs, il devait être fier de cette préférence qu’elle avouait, et qu’elle lui avait prouvée d’une façon si romanesque. A tout prendre, c’était un homme d’une généreuse nature, et une femme compromise par lui, chose bien rare maintenant (non les femmes compromises, mais la manière d’agir avec elles de M. Baudouin d’Artinel), lui semblait un objet sacré. Enfin elle lui avait toujours plu... et c’est ainsi que, après avoir rassemblé tous ses motifs d’être le plus heureux des hommes, il le devint en l’épousant.
CXLII
Ce fut un samedi qu’il l’épousa. La petite église de l’Assomption était pleine,—cette ravissante église qui exprime la vérité dans l’art avec tant d’éloquence, et qui, par cela même, était, ma foi! bien digne de recouvrir la vérité des sentiments que Joséphine exprimait alors. Elle était un peu embarrassée... mais une nuance d’embarras ne messied à personne un pareil jour. Elle n’avait plus cette sommité de joue écarlate qu’elle avait toujours quand elle parlait chez madame de Dorff,—mais il est vrai qu’elle ne disait rien. Elle était pâle comme l’était d’ordinaire Aloys, Aloys qu’elle avait aperçu dans la chapelle, et qui, lui, avait perdu de son habituelle pâleur; car il avait envoyé promener sa gastrite, qui peut-être n’y était point allée, et il était rentré dans la vie—mais qui peut dire qu’il en était jamais sorti?—par les déjeuners de homard, largement arrosés de bordeaux.