Lorsque le groupe de ceux qui restaient fut à proximité, Jim et ses deux compagnons firent feu. Ces détonations reçues presque à bout portant eurent un résultat prodigieux, les assaillants firent halte, pleins dhésitation.
Malheureusement la balle de Jim avait seule touché le but; lagitation exaltée des jeunes gens leur avait fait manquer leur coup. Cependant les Sauvages, intimidés par cette chaude réception, craignant sans doute de rencontrer un nombre considérable de combattants, se retirèrent à lécart, et peu à peu se rabattirent dans la direction prise par le reste de leur bande.
— Chargeons vite! murmura Jim, ils vont vers le wagon tuer oncle
John.
Effectivement, deux bandits rouges sétaient détachés du gros de la troupe, et se rapprochaient du chariot. Loeil perçant de Jim les surveillait comme celui de laigle guettant sa proie.
Au moment où ils passèrent près du char, celui qui marchait le dernier lança violemment son tomahawk contre John toujours étendu sans mouvement. Par bonheur, le cheval du Sauvage broncha au même instant; la direction du coup fut dérangée, et le vieux settler ne fut pas atteint. Cette circonstance sauva la vie à lIndien que Jim tenait au bout de son fusil, mais sur lequel il ne voulut pas gaspiller inutilement ses munitions.
Les trois Indiens partis les premiers avec leurs captives avaient ralenti leur marche pour attendre les autres; lorsque ceux-ci les eurent rejoints, toute la bande sélança ventre à terre dans la direction du nord-est; au bout de quelques secondes elle avait disparu dans les profondeurs des bois, et le plus profond silence régna dans cette solitude désolée.
Sil avait été possible à lartiste de reproduire sur la toile le tableau quil offrait lui-même avec ses deux compagnons, il aurait certainement réalisé une oeuvre capable, plus que toutes les autres, de le rendre illustre.
Le Sioux sombre, silencieux, le front pensif et menaçant, suivait du regard les ombres lointaines et fugitives des Indiens ravisseurs.
Will, pâle, abattu, les yeux voilés, regardait aussi cette route par laquelle venait de disparaître ce quil chérissait le plus au monde.
Halleck, lair égaré, les yeux errants au hasard, paraissait perdu dans les idées les plus complexes; on aurait dit un homme cherchant sa route par une nuit obscure.