— Très bien. Je ne dis pas le contraire. Mais, jeune homme, vous navez pas répondu à ma première question. Avez-vous quelque notion dun lot de Peaux-rouges, en campagne par ici? Répondez- moi, je vous le demande positivement.
— Je suis prêt à parler, mais lorsque vous men laisserez le temps, répliqua Will.
Aussitôt il sempressa de lui raconter tous les événements déjà connus du lecteur.
Lofficier écouta le récit avec un calme imperturbable; rien ne semblait capable de létonner. En temps utile il se coupa une énorme chique et en offrit une pareille à Jim. Puis il soccupa dépousseter la poussière qui couvrait ses grandes bottes. Enfin il rechargea son revolver et promena méthodiquement un cure-dent entre ses incisives et ses molaires qui rappelaient celles dune bête fauve.
Lorsque le jeune Brainerd eut fini sa narration, lofficier reprit:
— Tout ça, cest une rude affaire de sport… une rude affaire! À la dernière campagne jai eu un cheval tué sous moi; oui, Monsieur, tué comme un lapin par un grand drôle peint en vert. Celui-là, je lai embroché en tierce. Un autre cheval fourbu, et un autre, couronné des deux genoux. Ah! cétait trop fort; mais je vous le dis…..
Il y eut un instant de silence pendant lequel lhonorable gentleman lissa sa formidable moustache avec le bout de sa langue et la tortilla fort agréablement en croc avec le pouce et lindex; puis, il renouvela sa chique, et continua:
— Je suis, moi, un vétéran de la guérilla, voyez-vous. Il ny a pas un coin du Minnesota où je naie tué net ma demi-douzaine de Peaux-rouges. Le tout est de savoir sy prendre; je vous en avertis. Dabord…
À ce moment il fut interrompu par loncle John qui lui dit:
— Sir, ne pensez-vous pas quil y ait urgence de nous mettre en chasse? Ces bandits auront le temps de séloigner tellement quil deviendra impossible de retrouver leur piste, si nous nous laissons gagner par la nuit.