— Je ne sais pas!… ne sais pas!… répéta impatiemment le capitaine; ils font tous la même réponse, ces sournois-là! Une fois, je faisais de la guérilla en Virginie; nous avions besoin dun guide au milieu de ces régions diaboliques, javisai un Nez- Coupé que mavaient recommandé les missionnaires; il commença par répondre à toutes mes questions: «Je ne sais pas… je ne sais pas…» Tout comme celui-ci! Eh bien, sir, je nai jamais vu de renard plus futé que ce garçon là; à lui seul il me dépista un demi-cent de Peaux-rouges que nous tuâmes fort proprement dans lespace de deux matinées. Cest ce qui arrivera aujourdhui, nest-ce pas Jim? Il me plaît vraiment, je vous le dis. Jaime ces coquins silencieux. Maintenant, attention! il faut filer vivement. Avez-vous des chevaux?
— Il ne nous en reste que deux, répliqua Will; ceux du chariot ont été tués.
— Eh! quimporte? deux de perdus, trois de retrouvés: regardez là-bas.
Parlant ainsi, lofficier leur montra, rôdant dans les environs, les chevaux des Indiens abattus par la carabine de Jim.
Ce dernier, avec laide de Will, se fut bientôt emparé de deux de ces animaux; la petite troupe se trouvait donc parfaitement montée; on se mit en marche sans tarder.
Tout en cheminant au petit galop de chasse, linfatigable commandant reprit la conversation.
— Vous allez voir, gentlemen; cette vermine sauvage peut être fort loin de nous; elle peut aussi être fort près. Les coquins ne se doutent pas de ma présence par ici; ils nont eu aucune raison pour se presser; au contraire, je pencherais à croire quil leur sera venu en idée de se blottir dans quelque coin, pour se reposer dabord, et vous tendre une embuscade ensuite; car tout doit leur faire présumer que vous tenterez de les poursuivre. Ils savent les settlers si stupides… pardon, je voulais dire; si inexpérimentés en matière de stratégie!… Enfin, à tort ou à raison je pense ainsi; que dit Master Jim?
— Je pense comme le capitaine; répondit le Sioux qui connaissait lofficier de longue date, et qui trouvait fort satisfaisante lattention quavait eue celui-ci de lui offrir une superbe chique.
— Très bien, Peau-rouge mon ami. Dans quelques minutes nous allons voir un peu le dessous des cartes, comme disent les settlers franco-canadiens. Quand nous serons au sommet de cette colline, tout un panorama de prairies sétalera sous nos veux.
On galopa pendant près dun quart dheure en silence; après quoi on arriva au sommet dune éminence boisée qui dominait deux plaines fort étendues.