Les trois femmes tremblantes accoururent éperdues vers leurs libérateurs. Maggie se trouvait la plus proche dHalleck; il sélança vers elle.
Au même instant, un des Indiens survivants bondit sur la jeune fille, le couteau à la main, et la saisit par les cheveux.
— Veux-tu la lâcher! démon maudit! hurla lartiste en armant son revolver et en faisant feu.
La première balle imprima dans la poitrine du Sauvage un point noir, doù jaillit aussitôt un mince filet de sang. Le bandit chancela en grinçant des dents, mais sans abandonner sa victime sa main levée sabaissa sur la tête courbée de la malheureuse enfant, la lame brillante du couteau disparut jusquau manche dans le cou frêle et délicat qui fut à moitié tranché. Ensuite, avec un cri insultant et sinistre, le monstre tomba à la renverse, criblé de balles quAdolphe lui avait envoyées désespérément.
Le corps inanimé de la jeune fille saffaissa sur le sol sanglant, comme la tige dune fleur atteinte par la faux; Halleck narriva même pas à temps pour la recevoir dans ses bras. Il sagenouilla avec désespoir auprès delle, les yeux noyés de larmes brûlantes, et releva avec un soin pieux cette douce figure dont les traits pâles avaient conservé jusque dans la mort leur expression résignée et angélique.
Cette horrible scène sétait accomplie avec la rapidité de léclair, comme un coup de foudre, sans que personne eût pu faire un mouvement pour la prévenir. Mistress Brainerd et Maria étaient aussitôt accourues haletantes et désespérées, mais, tout était fini, lange avait quitté son enveloppe dargile pour remonter au ciel.
Brisés de douleur, les malheureux parents de la jeune victime sétaient jetés à genoux autour delle, essayant de lui prodiguer des soins… hélas! désormais inutiles. Chacun deux déposa sur son front blanc et pur un long et douloureux baiser. En se relevant, Mistress Brainerd aperçut Halleck, agonisant de désespoir, et dont les yeux restaient fixés sur la morte chérie; la bonne mère comprit tout ce que renfermait cette angoisse comprimée; elle fit un signe au jeune homme, en lui disant
— Donnez-lui aussi un dernier baiser.
Le pauvre Adolphe sinclina sanglotant, éperdu, et posa ses lèvres sur la joue froide de celle quil aimait tant, dans le silence de son âme.
Puis il retomba à genoux et demeura immobile, priant, pleurant, suppliant le ciel de lui envoyer aussi la mort.