— Il ne désire et nacceptera rien qui ressemble à une récompense; mais je puis vous dire ce quil recevrait avec un plaisir extrême.
— Quoi donc?
— Une Bible; jai été assez heureuse pour lui apprendre à lire cet été, il peut en faire un usage très satisfaisant pour lui. Vous ne sauriez croire avec quelle ardeur il désirait parvenir à comprendre ce bon livre, dont les missionnaires lui avaient parlé. On lui en a donné une copie partielle et grossière quil ne manque jamais de prendre avec lui et quil porte partout dans ses courses; mais je sais quil sera dans le dernier ravissement sil devient possesseur dun de ces beaux volumes quon trouve dans les librairies des grandes villes. Je ne doute pas que vous nen ayez avec vous.
Lartiste rougit et balbutia dun ton embarrassé:
— Jai honte de vous avouer que je nen ai pas ici; mais je saurai bien men procurer et ce sera tout ce quon peut trouver de splendide.
— Oh!… vous dites que vous nen avez pas avec vous?… demanda avec étonnement Maggie, en fixant sur Halleck ses grands yeux bleus, expressifs, empreints dune affectueuse mélancolie.
— Non… pas avec moi… Mais jen ai plusieurs à la maison! Ce sont des cadeaux de ma mère, de mes soeurs, et de quelques jeunes ladies qui sintéressent à mon salut.
— Permettez-moi de vous offrir celle-ci, reprit Maggie en lui présentant une bible quelle sortit de sa poche; Je ne vous demanderai quune seule chose, cest dy jeter un coup doeil de temps en temps. Aucune créature raisonnable ne doit laisser passer un jour sans en lire quelques versets; je nose pas vous en réclamer autant, ce sera lorsque vous le pourrez seulement.
— Je vous le promets, du fond de mon coeur, lui répondit lartiste en recevant avec respect et courtoisie le don pieux que venait de lui faire sa jeune cousine.
Le ton sérieux, les manières graves et douces de Maggie, le parfum dingénuité et de candeur affectueuse qui séchappait de ses moindres actions, tout en elle avait parlé dune manière étrange au coeur dAdolphe. En sa présence, il se sentait moins railleur, moins sceptique, moins fanfaron; peut-être, sils eussent eu, sur le moment, à braver la fureur des Sioux aurait-il combattu avec un nouveau courage, entièrement différent de ses bravades précédentes.