— Oui, une demi-douzaine renversés par terre.

— Que pensez-vous de çà?

— Je ne peux pas savoir.

— Ne pensez-vous pas quils soient là pour nous épier?…

— Mais, par le soleil! mon pauvre Will, à quoi cela leur servirait-il, sécria lartiste en repliant solennellement son instrument de longue vue; du moment quon peut les signaler à deux ou trois milles de distance, il leur est formellement impossible de nous surprendre; sils ne peuvent réussir à nous surprendre, il leur est encore plus impossible de nous faire aucun mal, sils sont incapables de nous faire aucun mal, ils ne sont pas à craindre, pourquoi vous effrayez-vous? Cest raisonné, ce que je vous dis-là, hein!

— Mon cher Adolphe, je ne puis rien vous répondre, sinon que je regarde comme bien difficile de deviner les ténébreuses malices des Indiens. Ils sont si rusés, si audacieux, si entreprenants que fort souvent ils accomplissent des choses incompréhensibles.

Will reprit la lunette, et après en avoir fait usage, annonça que les Sauvages étaient sur pied; mais que leur nombre était augmenté; sans doute les compagnons quils attendaient les avaient rejoints. À ce moment on pouvait les distinguer à loeil nu, mais seulement dune façon vague et incertaine.

— Miséricorde! juste ciel! ils viennent sur nous! sécria tout à coup Will, incapable de maîtriser son émotion.

— Ah! Diable! Voyons, un peu de calme, mon garçon! ne va pas tagiter comme cela, au point dépouvanter les autres là-bas dans le chariot.

— Épouvanter!! Il y a certes bien de quoi! Ces brigands-là seront ici dans une demi-heure!