— Et maintenant quapercevez-vous de suspect?
— Que, diable! Voulez-vous que je voie? dit lautre, en recommençant son inspection avec un soin tout particulier, comme sil eût voulu approfondir une question douteuse.
— Que je voie un peu! reprit Will en prenant la lunette à son tour.
Halleck en essuya les verres avant de la lui remettre.
— Ce nest guère la peine, à présent, ils sont si loin! Vous napercevrez probablement plus rien. Je ne pouvais parvenir à les garder en vue, quen gardant ma lunette parfaitement immobile, toujours dans la même direction.
Heureusement, pour sa tranquillité desprit, Will naperçut point ce qui avait si fort attiré lattention de son cousin: il aurait vu avec une inquiétude horrible, une bande de Sauvages en pleine poursuite, sur les traces des fugitifs.
Halleck navait pas voulu lui faire connaître un mal sans remède; dans la crainte quil ne vînt à les découvrir, Adolphe lui reprit sur le champ le télescope, et le mit nonchalamment dans sa poche. Plus tard, et durant toute son existence, cette vision du désert lui rappela de terribles souvenirs.
Il était tard dans laprès-midi; quelques bouffées de vent, annonçant un orage, firent ployer les cimes des arbres. Il en résulta un peu de fraîcheur, ce qui rendit la position des deux jeunes gens plus supportable; car, jusque-là, ils avaient rôti sur les tuiles échauffées par le soleil.
Brainerd, sur les sollicitations de son cousin, sassit à côté de lui.
— Vous voyez, mon pauvre Will, que tout va pour le mieux, lui dit ce dernier: maintenant; si nous devons recevoir la visite de ces sombres enfants de la forêt, je men réjouirai considérablement, car ce sera pour moi une occasion superbe denrichir mon album.