— Mais pourtant, il nous faut joindre, à tout prix, les pauvres fugitifs, répliqua Brainerd avec une légère disposition à la mutinerie; ils peuvent avoir besoin de notre secours à chaque instant:
— Je ne le crois pas.
— Mais, au nom du ciel! Jim, les croyez-vous en sûreté?
— Ils sont entre les mains du Grand Père! répondit lIndien avec une solennité qui impressionna vivement les jeunes gens.
— Nous le savons, Jim, reprit Brainerd après un moment de silence; mais nous savons aussi que, pour mériter le secours du Tout-Puissant, nous devons, nous-mêmes, remplir nos devoirs et agir courageusement jusquà la dernière limite de nos forces.
— Le Grand Père fait ce qui lui paraît le meilleur.
— Parlez-moi deux… Que pensez-vous de leur situation, des chances quils ont déchapper aux poursuites des Indiens?
— Moi, je les crois sains et saufs. On ne les verra pas sils restent cachés dans le bois.
— Mais le chariot avec ses roues, les sabots des chevaux, ont dû laisser des traces profondes et faciles à reconnaître. Les yeux des Hommes-Rouges sont perçants, ils aperçoivent ce qui resterait invisible pour nous.
— Leurs regards sont voilés aujourdhui par la fumée de lincendie; ils voient tout couleur de sang; ils naperçoivent que les scalps des femmes, des babies; ils ne regardent que le pillage. Le démon est dans leurs coeurs, ils ne savent plus ce quils font.