Jusque-là lartiste navait presque rien dit; mais, pour plaider la cause de ses honorables Indiens, il retrouva la parole :

— Vous ne pouvez, dit-il, établir aucun parallèle entre ces honteux coquins, ces affreux vagabonds et le vrai Aborigène. Le vrai guerrier Indien est chevaleresque, honorable et loyal dans la guerre; nest-ce pas, Jim?

Le Sioux le regarda avec des yeux étonnés, dont lexpression indiquait quil navait pas compris son interlocuteur. Lartiste recommença une explication;

— Vos guerriers, cest-à-dire vos vrais Indiens, ne sont pas semblables à ces hommes-la.!… Ils sont meilleurs, plus sensés, plus modérés dans la guerre?… hein?…

— Je nen connais point comme çà, répliqua Jim en détournant la tête.

Brainerd se mit à rire et ajouta:

— Vous aurez besoin dun fier microscope; mon pauvre Halleck, pour découvrir les phénomènes que vous rêvez. Car; vous venez de vous en convaincre, ils sont invisibles à tous les yeux.

Lartiste eut une moue dédaigneuse et sardonique; indiquant que sa foi nétait nullement ébranlée, et quil admettait une seule chose, savoir que le nombre des vagabonds exceptionnels était considérable sur les frontières.

Dévoré dinquiétude, Brainerd navait pu se résoudre à faire halte; il sétait contenté de ralentir le pas; mais, malgré cette modération à leur fatigue, les pauvres animaux continuaient de souffler et de transpirer dune façon inquiétante.

Pour ne pas imposer toujours au même, une surcharge au-dessus de ses forces, lIndien montait en croupe tantôt derrière Halleck, tantôt derrière Will.