Au moment où il laissait tomber limperceptible tison qui avait survécu à la brève combustion de lallumette, Will crut entendre à peu de distance, un long et profond soupir, pareil à celui dune créature humaine oppressée par un lourd fardeau.

Dire la terreur, le saisissement vertigineux qui semparèrent de lui, serait chose impossible! Mille fantômes tourbillonnèrent autour de lui, pendant que ses yeux égarés ne voyaient partout que des milliards détincelles. Jamais encore le pauvre enfant navait éprouvé dépouvante pareille.

Cependant sa tendresse filiale le soutint dans la lutte et lemporta sur tout autre sentiment. Il se remit à écouter avec une attention profonde, espérant que le son plaintif allait se renouveler et lui révéler la voix de quelque personne chère.

Ce fut peine perdue; et le silence continua dêtre si profond, si absolu, que Brainerd en vint à se demander si son oreille navait pas été le jouet dune illusion effrayante.

Néanmoins il se raidit contre le découragement et marcha dans la direction où il avait cru entendre gémir.

Quoiquil navançât quavec des précautions infinies, il trébucha tout à coup, et tomba rudement sur un corps mou qui sagita sous lui. Ses mains, en cherchant à se retenir, rencontrèrent la tête dun cheval; à côté, en était un autre. Tous deux étaient vivants et venaient dêtre réveillés par le jeune homme.

— Cher père! mère chérie! parlez, si vous êtes là! sécria Will.

— Eh! cest donc toi, mon pauvre William? fit une voix bien connue et aimée, celle de loncle John; nous tavions pris pour un de ces brigands Indiens, et nous nosions souffler.

Alors une ombre sapprocha, puis une autre, puis une autre et une autre encore; toute la famille!

— Oh! père! balbutia Will suffoqué de joie; quelquun de vous est-il blessé ou malade?