O vous, victimes déplorables du fanatisme; citoyens vertueux, sujets fidelles & généreux; peres, époux tendres; enfans innocens; ombres malheureuses! racontez-nous les scenes horribles de cette nuit affreuse où la France déchira de ses mains le sein de ses propres enfans. Familles infortunées, vous dormiez dans le sein de l'innocence; la sécurité écartoit de vos cœurs les inquiétudes dévorantes; peut-être aviez-vous béni pendant votre repas le souverain que le ciel vous avoit donné. A peine le sommeil a-t-il fermé vos paupières, un bruit affreux vous réveille, on force vos demeures, des flambeaux lugubres font briller à vos yeux des glaives ensanglantés. On égorge vos enfans dans vos bras. Vous demandez des secours au nom de votre roi, c'est en vain, il a trahi tous les devoirs; c'est lui-même, c'est votre pere qui vous égorge; c'est par son ordre que vous expirez sur les corps pâles de vos amis, de vos femmes, de vos enfans.

Fuyez à jamais, systêmes affreux qui désolez la terre! l'Univers m'apprend qu'il y a un Dieu, mon cœur me dit qu'il me comble de biens; il a caché le reste à ma foible intelligence. Loin de moi le désir sacrilege de pénétrer son Essence divine. Mortel insensible, passe ta vie à entasser les uns sur les autres une foule de raisonnemens froids & barbares pour prouver son existence; divise à l'infini ses attributs indivisibles; fais-le s'irriter, se repentir, s'appaiser au gré de tes caprices; trouble la terre par les chimeres de ton imagination; fais trembler ces malheureux, s'il en est quelques-uns, qui ont besoin qu'on leur prouve l'existence de cet Être que toute la nature annonce; mais fuis à jamais loin de moi, mon cœur enflammé d'amour n'a pas de temps à perdre, il consacre tous les instans de ma vie à l'adoration de cet Être suprême: je sais qu'il existe, je sais qu'il est bon, je sais qu'il m'aime, je sais tout. Je cours remplir des devoirs chers à mon cœur, & chercher par-tout les occasions d'imiter sa bienfaisance & sa bonté.

TROISIEME NUIT.

L'Homme.

Quel ordre merveilleux regne dans ce vaste univers! Toutes ses parties liées par des rapports admirables, concourent mutuellement à leur beauté, à leur perfection, à leur bonheur réciproques. L'espece la plus vile en apparence tient au systême général de la nature, & forme un des anneaux nécessaires de cette chaîne infinie. Ainsi le soleil répand le mouvement & la vie dans la multitude immense des mondes qui l'environnent; des fleuves de feu s'échappant de toute part de son disque enflammé, roulent par-tout la fertilité & le bonheur; & distribuant à chaque être le degré précis de chaleur qui convient à sa nature, multiplient d'une maniere prodigieuse & admirable les bienfaits de cet astre merveilleux. L'arbre fécondé par ses rayons bienfaisans, devient lui-même une source de biens pour tout ce qui l'environne. Son feuillage offre en même temps & la nourriture à mille insectes divers, & la fraîcheur à l'homme fatigué, & une retraite sûre aux familles innocentes des oiseaux; ses fleurs, brillante parure du printemps, offrent à l'abeille le suc délicieux dont elle prépare le miel, & ses fruits vermeils attirent les hommes par l'attrait séduisant du plaisir.

O soleil! tu ne prodigues point tes biens à des ingrats! jouis toi-même des merveilles que tu operes. Vois le spectacle pompeux des richesses immenses que tu répands sur la terre! Vois tous les êtres heureux par tes bienfaits, tressaillir à ton aspect, & se réjouir de ta présence! Les oiseaux célebrent par leurs concerts le retour de ta lumiere; les fleurs empressées à te plaire, brillent à ton lever de la parure éclatante dont l'aurore a pris soin de les orner. Elles offrent à tes premiers rayons les brillantes perles de rosée quelles en ont reçues. Sensible à leur hommage, tu daignes recevoir leur humble présent, & tu réponds par de nouveaux bienfaits aux transports que tu leur inspires.

La nature offre par-tout le tableau riant du bonheur. A ce spectacle ravissant, mon cœur s'épanouit. Mais, hélas! bientôt il se resserre. Je vois l'homme en proie aux malheurs, & la tristesse fait couler mes larmes.

Étoit-ce donc pour le malheur qu'un Dieu bon a formé tant de créatures humaines? L'enfant qui voit pour la premiere fois la lumiere, annonce par ses cris son arrivée dans le monde. La nature qui a opéré par tant de moyens admirables l'œuvre merveilleux de sa production, ne se plairoit-elle à le former que pour le livrer, ensuite à l'empire tyrannique de la peine & de la douleur? Loin de moi cette pensée blasphématoire! En paroissant lui causer des peines, cette tendre mere lui prépare des plaisirs. O toi! qui commences à voir la lumiere, la douleur environne ton berceau, tes cris seuls annoncent que tu respires, tu parois destiné à la peine, tu sens le vif aiguillon de la douleur & du besoin; ne murmures point, attends avant que d'accuser la nature. Déjà ta tendre mere accourt avec inquiétude; elle paroît, & tes larmes sont essuyées, & tes besoins sont satisfaits. Délivré de tes peines; tu leves tes regards attendris sur l'être bienfaisant qui vient de les soulager, tu lui souris amoureusement, tu tressailles de joie, & tes petits bras semblent lui porter l'hommage de la reconnoissance dont tout ton être est pénétré. Voilà les premieres leçons de sensibilité que la nature donne à l'homme, voilà la route de son bonheur qui lui est indiquée. Momens délicieux, sources précieuses de tous nos plaisirs, vous ne pouviez être achetés que par des besoins, des peines & de la douleur; & l'homme pourroit s'en plaindre!