Quant au totémisme, il est plus discutable; cependant, en étudiant les peintures de nos grottes, et en comparant les résultats de nos observations aux usages de certaines des peuplades sauvages vivant de nos jours, certains archéologues ont été amenés à penser que les Magdaléniens ne couvraient pas les parois de leurs habitations dans le seul désir de satisfaire leurs goûts esthétiques, mais qu'ils attachaient un sens superstitieux aux représentations qu'ils figuraient[184].

«En Australie, comme en Amérique, dit Déchelette[185], les clans se croient placés sous la protection d'un être tutélaire, ordinairement d'un animal dont il importe, pour le salut commun, de se ménager les faveurs. Cet animal totem devient par suite l'objet d'un culte constant. Les clans apposent les images de leurs totems sur leurs armes offensives et défensives. En outre, l'intervention de la magie permet d'en obtenir la multiplication, profitable à la communauté. MM. Spencer, Gillen et Frazer ont décrit les curieuses cérémonies qu'accomplissent dans ce but les Australiens, au pied des parois rocheuses, tapissées de représentations zoomorphes. Maintes particularités de ces pratiques magiques se rapprochent aisément des faits observés dans les grottes pyrénéennes et périgourdines.»

Il ne faudrait pas, cependant, abuser du totémisme et chercher à en retrouver partout les traces. Nous ne connaissons pas tous les mobiles des actions de l'homme à ces époques lointaines.

Les peintures de nos cavernes sont parfois situées dans des recoins ou sur des anfractuosités de rochers peu accessibles; on a supposé qu'elles ont été tracées dans ces endroits parce qu'elles auraient été interdites (Tabous) aux femmes, aux enfants et, d'une manière générale, aux non-initiés.

Ce n'est là qu'une hypothèse, vraisemblable il est vrai, mais qu'il serait hasardeux de développer tout comme celle relative au totémisme; car, là encore, nous ne pouvons pas déduire des superstitions des sauvages modernes les idées en cours dans des temps aussi éloignés de nous.

La croyance aux larvæ, c'est-à-dire aux spectres, aux revenants, qu'on rencontre depuis les temps historiques les plus anciens, dans la péninsule Italique, n'est certainement pas une conception spéciale aux peuples européens; elle existait en Égypte sous une autre forme, mais à coup sûr la crainte que les morts vinssent, par leurs apparitions, troubler la quiétude des vivants eut, chez tous les humains, une grande influence sur le respect qu'ils semblent avoir toujours témoigné à la sépulture, objet d'une crainte mystérieuse, vague, mais intense chez les primitifs, angoissante encore chez bien des modernes des plus développés.

Fig. 141.—Sépulture néolithique d'El-Amrah (Haute-Égypte).
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Avec l'apparition des industries néolithiques, le culte des morts s'affirme sous des formes multiples, car les sépultures de ces époques, très nombreuses dans tous les pays, sont en même temps extrêmement variées.